Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 17:24
Chronique de la stagnation

" Chronique de la stagnation " Paul-Antoine Garisat

ETT / Territoires Témoins Collection Dépendances

210 pages 19,00 €

Prologue

J’étais là, et j’aurais bien voulu prendre part à la discussion
moi aussi, mais bien sûr ce n’était pas possible. Les gens
comme moi, les gens normaux, ceux qui travaillent et qui sont
honnêtes, on a plus le droit de parler de nos jours, on est juste
bons à écouter faut croire.
Y avait ce plateau de télé, avec cette bonne femme et tous
ces journalistes-experts, et ils arrêtaient pas de s’engueuler, et
parfois, sur certains sujets, ils étaient tous d’accord. D’ailleurs,
juste comme ça, juste une digression comme on dit, on sait
pas pourquoi y en a qui sont à la télé et d’autres non. Un
beau jour, on vous présente un type à une émission, que vous
connaissez pas, et on vous dit qu’il est intelligent et qu’il a des
choses à dire. Et le type, il parle comme ça pendant plusieurs
années. Il vous répète le même genre de trucs tout le temps, et
on sait pas pourquoi il vous dit ça.
Du coup, pour revenir à ce que je disais, à un moment la
femme elle a dit, au milieu de tous les autres qui gueulaient
eux aussi, elle a dit, entre autres choses, la chose suivante : Moi
je pense qu’on doit attaquer ce pays. Au nom de la démocratie ! Au
nom des droits de l’homme ! Et au nom de la paix ! Elle a fait
une pause entre chaque phrase quand elle a dit ça. Elle a bien
détaché chaque mot, pour avoir l’air le plus solennel possible.
On aurait dit une actrice.
Et là moi, j’avoue, j’ai pas compris. Parce que soit on est
pour la paix, et alors on n’attaque pas les gens comme ça, sans
raison, à l’autre bout du monde, et qui vous ont rien fait. Soit
on envoie les avions avec leurs missiles et leurs bombes, et on
va faire péter des marchés où y a des gens qui font leurs courses,
et qui vous ont rien fait, certes, mais peut-être alors que y
a d’autres raisons.
Et franchement, je veux pas dire, mais je pense que j’ai pas
été le seul à pas comprendre. Parce que tu mets n’importe qui
en face de toi, dans un café, dans la rue, ou à un arrêt de bus,
et tu lui sors une connerie pareille, eh ben je te garantis que le
mec il te rit au nez. Et si en plus tu te mets à insister, eh ben le
gars, je vais te dire, y a un moment où il va voir rouge. Et alors
méfie-toi, parce que s’il pense que tu te fous de lui et que t’essayes
de l’embobiner, crois-moi, c’est pas des conneries, c’est
possible qu’il te foute son poing dans la gueule. Et là faudra
pas venir pleurnicher. Mais bon, ça c’est ce que je pense, c’est
juste une digression.
Parce que c’est pas terminé. Ensuite, y a deux jeunes gars
qui sont intervenus sur le plateau. Heureusement, le service
de sécurité a été correct avec eux, ils les ont laissé parler. Les
caméras, elles avaient déjà tout filmé, donc c’était foutu, ils
pouvaient plus les faire partir. T’imagines toi, faire sortir deux
jeunes de force comme ça, devant des caméras ? Non, y a
quand même encore des formes à respecter. Y a des manières.
Alors les jeunes, je te le dis comme ça s’est passé, ils y sont
pas allés de main morte. Faut pas leur raconter des conneries
aux jeunes. Ça, ça les rend dingues qu’on leur raconte des
conneries. D’ailleurs, plus j’y pense, et plus je me dis qu’ils
auraient quand même mieux fait de les faire sortir. Parce que
franchement, là, vu comment ça s’est terminé...
Les jeunes ils se sont installés au milieu du plateau, comme
ça, comme s’ils étaient chez eux. Ils se sont dit que maintenant,
eux aussi ils pouvaient parler et dire ce qu’ils voulaient,
y a pas de raison. Alors ils ont dit ce qu’ils pensaient des autres
qu’étaient là, comme quoi c’étaient des menteurs éhontés.
Ehontés, ils ont bien dit. Des falsificateurs de preuves aussi,
et des vauriens manipulateurs, tout ça quoi, ils leur ont sorti
la totale. Ils étaient vachement excités quand ils parlaient, ça
faisait bizarre de voir ça à la télé, pour de vrai.
Les autres, du coup, ils se foutaient d’eux à cause de ça. Ils
avaient un petit sourire en coin. Parce que, pour eux, ça suffit
pas d’être sur le plateau, faut y avoir été invité. Et les jeunes,
eux, ils avaient pas été invités.
Mais ils se sont quand même pas démontés. C’est là qu’on
voit que eux aussi ils pouvaient être malins. Ils ont arrêté d’être
énervés, et ils ont commencé à parler plus calmement. Et ça a
tout changé, ça, de parler calmement.
Puis ils ont sorti des documents. Des documents officiels
qu’ils ont dit, où y avait pas mal de vérités qu’on raconte pas
en général. Des révélations. Et là, les autres, ils ont commencé
à flipper. Du coup, c’est eux qui s’excitaient. Et au fur et à mesure
que les jeunes disaient ce qu’il y avait dans les documents,
eux, ils devenaient de plus en plus excités. Disparu leur petit
sourire en coin. Effacé ! Parce que des révélations y en avait, et
c’était pas beau à entendre.
Mais autant vous dire que tout ça c’est pas passé comme ça,
tranquillement. Tout le monde a voulu parler du coup, ils ont
essayé de leur couper la parole plein de fois.
A un moment, la fille qui voulait faire la guerre, elle a même
demandé aux gars de la sécurité de faire sortir les jeunes. Mais
les gars de la sécurité, eux, ça les intéressait bien toutes ces histoires.
Et là j’ai senti que y avait comme un flottement, parce
que quand le service d’ordre il obéit plus, à mon avis, c’est que
ça commence à sentir mauvais pour les mecs en place.
La fille, du coup, elle devenait complètement folle, hystérique
même. Elle disait que de toute façon, tout ça, ça changerait
rien, parce que c’était eux qui gouvernaient, et que y aurait pas
de changement, quoi qu’il arrive. Même les jeunes, et pourtant
c’est eux qui avaient foutu la merde, ils étaient choqués
d’entendre ça. Eux non plus, je crois, ils s’attendaient pas à
entendre un truc pareil. C’est vrai que d’habitude, ces gens, ils
te disent pas des trucs comme ça franchement en face.
Et faut les remercier ces jeunes, parce que grâce à eux, après,
ça a plus été pareil. On est passé à autre chose. Ils ont été l’élément
déclencheur.

Partager cet article
Repost0
14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 17:07
Le chant des baleines

Le chant des baleines Didier Jung

ETT / TérritoiresTémoins

Collection Borderline 168 pages 16,00 €

1
Nuit du mardi 5 août : mer de Barents,
entre l’île aux Ours et le Spitzberg

Une heure quinze du matin. Tandis que le soleil remonte
à l’horizon, le corps sans vie de Jawad Afridi s’enfonce, mètre
par mètre, dans les profondeurs obscures et glaciales de la mer
de Barents.
A-t-il seulement, avant de mourir, connu l’ultime bonheur
d’entendre le mystérieux et envoûtant chant des baleines ?


2
Matin du dimanche 3 août :
aéroport d’Oslo-Gardemoen

Ange Morazzani observait d’un oeil distrait le ballet incessant
du personnel de l’aéroport. Juchés sur leur vélo, le coup de
pédale ferme, les employés parcouraient en zigzaguant la zone
de transit, sans but apparent. Le spectacle qu’ils offraient était
d’autant plus cocasse que le nouvel aéroport d’Oslo-Gardemoen
n’était pas parmi les plus vastes d’Europe. Sa réputation
résidait hélas ailleurs. Il détenait le record européen des retards
enregistrés quotidiennement ! Ce matin encore, le départ du
vol de Tromsø avait été plusieurs fois reporté.
Cela faisait deux heures que Morazzani était assis sur ce fauteuil
métallique, aussi froid qu’inconfortable. Au moins avaitil
échappé à la canicule qui régnait depuis plusieurs jours sur
Paris. Impossible de dormir, ni même de sortir de chez soi
avant la tombée de la nuit. Finalement, se disait-il, ses collègues
n’avaient pas été si mal inspirés en lui offrant cette croisière
pour son départ en retraite. L’idée lui avait a priori paru
saugrenue. Lui-même n’y aurait jamais pensé. Il était plutôt
classique dans ses goûts. Une croisière, pensait-il, c’était bon
pour les Caraïbes ou la Méditerranée, pas pour le Spitzberg,
un coin de la planète qu’il aurait été bien incapable de pointer
sur une carte. Sa surprise avait été grande de découvrir que cet
archipel se situait à moins de mille kilomètres du pôle Nord, à
peu près la distance entre Paris et sa Corse natale.
Morazzani ne mesurait pas plus d’un mètre soixante-cinq.
Ses cheveux frisés grisonnaient. Ses yeux très noirs donnaient à
son regard un air parfois inquiétant. Il s’exprimait lentement,
comme s’il réfléchissait avant de choisir ses mots, sans jamais
élever la voix, avec un léger accent traînant qui lui venait de
son île d’origine. On l’aurait facilement imaginé, revêtu d’un
costume de berger, au milieu d’un troupeau de moutons, perdu
dans le maquis qui entourait son village d’Oletta, au-dessus
du golfe de Saint-Florent.
À soixante ans, il avait derrière lui quarante ans de carrière
dans la police. Fraîchement débarqué sur le continent et
chaudement recommandé par un cousin, chef de service au
ministère de l’Intérieur, il avait débuté comme simple gardien
de la paix, à Paris. Intelligent, courageux, malin, ne comptant
pas son temps et surtout doté d’un flair devenu légendaire,
il avait patiemment et régulièrement gravi les échelons de la
hiérarchie policière, jusqu’au grade de commandant. Ses dix
dernières années, il les avait passées à la Brigade criminelle de
Paris, « au 36 », comme l’appelaient les initiés. Célibataire et
n’ayant guère d’autre centre d’intérêt que son métier, il avait
vu arriver la retraite avec angoisse. Aujourd’hui, l’échéance
était là et il s’interrogeait toujours sur la manière dont il allait
occuper son temps.
Curieux de tout ce qui l’entourait, perpétuellement aux
aguets, il n’aimait rien plus que disséquer la personnalité de
ses semblables. Pénétrer leur âme lui procurait la plus extrême
des jouissances. Dans la police, cette spécialité avait un nom,
le profilage. Morazzani était un profileur, l’un des meilleurs de
la Crim.
C’était précisément à ce genre de sport qu’il était en train
de se livrer, laissant traîner ses oreilles et errer son regard sur
ses voisins. La langue dans laquelle la plupart s’exprimaient ne
facilitait pas l’exercice. Le norvégien ne lui était pas familier !
La seule langue étrangère qu’il maîtrisait était l’anglais. Il devait
cette bonne connaissance de la langue de Shakespeare aux
programmes d’échanges avec Scotland Yard auxquels il avait
longtemps participé. Il comptait encore quelques amis dans la
police britannique.
À défaut d’appréhender les idiomes nordiques, il s’efforçait
d’identifier, en scrutant leurs traits, leurs attitudes, leurs mimiques
et leur mise, ceux des voyageurs qui avaient un profil de
croisiériste. Son bateau devait appareiller à dix-neuf heures du
port de Tromsø, pour une longue traversée vers le Spitzberg.
Dans la salle, les crinières blanches et les crânes dégarnis
dominaient. Il y avait une majorité de retraités parmi les
femmes et les hommes rassemblés autour de lui. Beaucoup
avaient largement dépassé la soixantaine. Joviaux et sans complexes,
ils échangeaient leurs impressions d’un banc à l’autre,
à grands renforts d’éclats de rire. Tous étaient sensiblement
vêtus à l’identique, portant des doudounes multicolores où
dominaient le rose et le violet, des tenues qui devaient provenir
de la même chaîne de magasins. Certains avaient déjà mis
des casquettes ou des bonnets de laine sur leur tête.
Mais le policier s’intéressait surtout aux autres, ceux qui
sortaient du lot commun. Un homme aux traits nordiques,
grand, très maigre, chauve malgré son apparente jeunesse,
portant des lunettes très épaisses, le visage taillé à la serpe, plutôt
mal habillé, était assis à l’autre bout de la salle, seul. Étaitil
norvégien, suédois ou danois ? Difficile à dire. Un jeune
homme de vingt-cinq ans environ, à l’allure d’étudiant, était,
quant à lui, absorbé dans la lecture, indifférent à son environnement.
Deux jeunes femmes, plutôt jolies, somnolaient,
blotties l’une contre l’autre. Un homme au teint basané, petit,
frêle, de type maghrébin, turc ou peut-être indien, faisait les
cent pas devant les panneaux d’affichage, l’oeil braqué sur les
horaires de départ, comme s’il craignait de rater son vol. Sans
doute n’avait-il pas l’habitude de voyager. Plus loin, un couple
entretenait une conversation animée, joignant volontiers
le geste à la parole. Des Italiens, à coup sûr, pensa le policier,
bien qu’il soit trop éloigné d’eux pour percevoir la moindre
bribe de leur discussion. De là où il se trouvait, la femme lui
sembla nettement plus âgée que son compagnon de voyage.
Ce jeu de devinettes que Morazzani pratiquait avec sagacité,
fut brusquement interrompu par le grésillement du hautparleur
qui précéda une annonce en anglais. La voix était déformée.
Morazzani dut se concentrer et tendre l’oreille pour
comprendre que l’hôtesse appelait les passagers en partance
pour Tromsø. Il constata alors, avec une certaine satisfaction,
que les voyageurs qu’il avait identifiés comme de probables
compagnons de croisière, prenaient tous la direction de la porte
D, où commençait l’embarquement du vol de la compagnie Braathens

Partager cet article
Repost0
13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 17:44
Sortie de route, la lecture de Valérie Susset (E.R.)
Partager cet article
Repost0
9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 17:09

A.C. Kingman
ETT / Territoires Témoins Collection Dépendances
www.territoirestemoins.net




Aimez-vous Melville ? Moi oui. Le cinéaste je veux dire, pas
l’écrivain. Remarquez que le premier a pris ce pseudo car il
aimait le second. Comme quoi rien ne se perd, rien ne se crée,
disait l’autre qui a fini la tête dans un panier : faut pas penser
trop, dans ce bas monde, au risque de se retrouver dans des
situations délicates.
De son vrai nom Jean-Pierre Grumbach, Melville aurait déclaré
: « Avant la guerre, j’étais juif et communiste ; maintenant,
je suis athée et gaulliste ». L’oeuvre de Melville est traversée par
la judéité, mais encore faut-il le savoir. Je vous expliquerai,
si vous êtes gentil, ha ha ! J’avais quatorze ans lorsque je visionnai
L’armée des ombres pour la première fois. Notre prof
d’histoire, encore une communiste, n’avait pas fait les choses
à moitié : Nuit et brouillard et L’armée des ombres en moins
d’un mois, histoire qu’on n’oublie jamais ce qui était derrière
nous… ou peut-être devant ? Sait-on jamais… Lorsque j’avais
cet âge-là, on entendait les mouches voler lorsqu’on évoquait
les camps. Le Pen au second tour ? Laissez-moi rire. « Qui ne
sait pas tirer les leçons de trois mille ans vit seulement au jour
le jour », a écrit Goethe. Nous la leçon, on la lit chaque année
en mangeant des pains azymes, histoire de pas l’oublier.
Après la projection, j’avais les mains moites et le cerveau
embrumé, j’étais sous le choc. Je comptais mes camarades
dans la classe : Marc, Shahir, Simon et Sylvia étaient avec moi,
c’est sûr. Laurent et Caro ? Peut-être. J’ignorais les autres qui
sortaient de la classe en riant.
C’est à cette époque que je commençai à mettre les tefillin.

" Couches-culottes et autres initiations " A.C. Kingman

" Couches-culottes et autres initiations " A.C. Kingman

Partager cet article
Repost0
2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 15:55

INFILTRATION par JM Brice

ETT / Territoires Témoins Collection Borderline

LIRE LE D2BUT

1.1




Juillet n’a jamais été aussi chaud. Bob frissonne de
plaisir à la brûlure du soleil sur son dos. Il a laissé sa
voiture, une Clio fatiguée et maintes fois rafistolée,
à la fin du chemin carrossable, posé la clé de contact
sur la roue arrière droite et poursuivi le chemin en
short et tennis, armé de son appareil photo.
Il a plu tout ce printemps jusqu’en juin et la Moselle
encore gironde roule généreusement ses eaux
claires. Il longe la zone des étangs creusés par les
Carrières de l’Est dans la prairie, il y en a quatre,
grands. Les trois premiers, les plus anciens, reflètent
le bleu du ciel et frissonnent sous la brise ; quelques
halbrans patrouillent à distance respectable, la végétation
commence à se développer sur les rives.
Bob a entendu parler de ce projet de la municipalité
de Gerville-aux-Miroirs qui souhaite installer ici
une base de loisirs nautiques, pourquoi pas.


Le quatrième étang est encore en exploitation. Il
entend le bruit de la drague qui remonte inlassablement
le précieux sable rosé et les graviers. L’eau est
trouble, l’exploitation se rapproche dangereusement
de la rivière. Pour pouvoir aller aussi près l’entreprise
a dû bénéficier de bons appuis, elle a dû aussi consolider
la rive en plantant vite fait de nombreux arbustes
maillés par un filet de jute épais sensé retenir le
sable pendant l’enracinement. Bien entendu le gel,
les inondations et la sécheresse ont eu rapidement
la peau de ces pauvres végétaux et les crues de l’hiver
ont embarqué le filet dont on retrouve des morceaux
pourrissant sur la rive en aval, mais bon ! les chiens
aboient la caravane passe, et puis ces matériaux, le sable,
les galets concassés, sont absolument nécessaires
à la construction des équipements de la région, alors.
Bob se dit que cette balade est l’une des dernières
qu’il fera dans ce coin sauvage demain certainement
dévasté.
Bob en fait s’appelle Julien Robert, comme le frère
de l’artiste dit-il en blaguant, mais depuis le collège,
Robert, tout le monde l’appelle Bob, pas grave. A
trente-huit ans, malgré les fils blancs dans sa tignasse
châtain, il a toujours son allure d’adolescent sympathique
et les filles lui résistent rarement, mais aucune
n’est restée suffisamment longtemps pour l’attacher à
une vie bien réglée. Il a bien retapé la petite maison
que lui ont léguée ses parents, au milieu du village,
il fait son bois, son pain et ses légumes et après avoir
travaillé quelques années à l’usine de mécanique de
la petite ville voisine, il a préféré la liberté du statut
d’auto-entrepreneur. Habile de ses mains c’est le dépanneur
rêvé dont tout le monde a besoin pour la
maison ou le jardin. Sa clientèle se développe, mais
attention à ne pas se laisser déborder, Bob veut avoir
le temps de vivre, vivre ses copains, ses copines, vivre
ses passions : la musique, la lecture, la photo.
Ce matin justement, le temps lumineux se prête à
ce projet d’aller photographier sa Moselle, comme il
dit. Il traverse la prairie redevenue sauvage et fleurie
à foison de jaune, de blanc, de mauve, elle atteint la
rive ici légèrement surélevée et fouillée par le courant.
Il s’arrête et regarde le paysage qui s’étend devant
lui éclatant sous le soleil. A sa droite une longue
étendue d’eaux calmes comme un lac, qui reflètent
les rives, ce sont elles qui ont qualifié le village de
Gerville-aux Miroirs.
En aval la pente naturelle accélère le courant et
la largeur du lit divise la rivière en plusieurs bras
qui isolent des bancs de galets parsemés de végétaux
luxuriants. Plus bas, les bras se rejoignent pour un
large gué, puis la rivière unifiée reprend son cours au
pied des falaises de marnes et de leurs grands arbres
en surplomb.
Il est seul. Il a jeté un coup d’oeil vers le bosquet
là-bas mais Raymond, le vieux naturiste qui l’occupe
souvent l’été, n’est pas là et aucun signe ne montre
qu’il y soit venu récemment.
Bob s’engage dans le courant du bras principal. Il
a calculé son coup en amont du point visé sur l’îlot
d’en face et progresse dans le sens de l’eau. Au milieu
du courant l’eau fraîche atteint sa poitrine. Les bras
levés pour protéger l’appareil il avance à grands pas,
comme en apesanteur, porté par le flot, il adore cette
sensation. Puis il aborde la rive, progressant maladroitement
sur les gros galets glissants du fond.
Au sec les galets blanchis réverbèrent la lumière ;
le bruit de l’eau, la chaleur sur sa peau mouillée, le
privilège de la solitude dans ce lieu sauvegardé, ce
plaisir-là ressemble au bonheur.
Le temps de s’imprégner de la magie de l’endroit,
Bob se met en marche, lentement, sens éveillés, l’appareil
aux aguets. Malgré sa prudence il dérange les
oiseaux, deux hérons et deux canes colvert qui s’enfuient
tranquillement, et les inévitables petits gravelots
qui volètent de loin en loin. Pour une fois il ne
verra pas ce petit bijou de martin-pêcheur mais la
photo au téléobjectif du héron prenant son envol ne
sera peut-être pas mal.
Des bouquets de fleurs poussent dans les galets
comme semés par un paysagiste habité : asters, silènes,
onagres, gerbe d’or, impatiences, serpolet, les
graines déposées là par les crues ont profité de la chaleur
et de l’absence de concurrentes.
Dans une morte, de gros chevesnes prisonniers espèrent
avoir de l’eau jusqu’aux prochaines pluies et
tournent en rond.
Bob traverse le gué en équilibre sur le fond glissant
vers la plage de sable rose de la rive voisine qu’on ne
peut atteindre que de cette façon. Elle est protégée
par une forêt de renouées du Caucase et d’orties gigantesques
d’un côté, et d’abruptes falaises écroulées
de l’autre.
Sur le sable de la rive de petites coquilles blanches
comme des coques et quelques unios percés par
les hérons, des branches de saules tranchées par les
incisives des castors. Plus loin les pas d’un renard
côtoient les traces profondes laissées par une biche
solitaire ; Bob s’émerveille.
Au détour d’une touffe de graminées, son regard
est attiré par un objet noir, légèrement enfoncé dans
le sable, insolite ; une mallette genre Samsonite vintage
semble avoir été déposée là par le courant il y a
déjà quelque temps à en juger par les algues desséchées
qui la recouvrent.
Un peu intrigué malgré tous les objets hétéroclites
que la Moselle aime à semer sur ses rives, il prend par
, réflexe une photo de la mallette et s’accroupit, elle
est fermée mais les deux petites serrures ne résistent
pas lorsqu’il les sollicite. Il la dégage doucement et la
pose bien à plat sur les galets voisins. Les charnières
se rebellent un peu mais bientôt la petite valise livre
un tas de papiers secs collés entre eux, salis par leur
séjour dans l’eau, et dont beaucoup semblent effacés,
ainsi qu’une clé usb.
Assis sur les galets, toute magie envolée, Bob essaye
de déchiffrer quelques documents, mais le lieu
n’est pas propice à l’étude et il décide de rapporter la
mallette à la maison.

Infiltration par JM Brice  ETT / Territoires Témoins Collection Borderline 160 pages 15,00 €

Infiltration par JM Brice ETT / Territoires Témoins Collection Borderline 160 pages 15,00 €

Partager cet article
Repost0
26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 18:19

Le Grand Livre Gourmand des Fpêtes Chrétiennes de l'Épiphanie au Carême, la Chandeleur et le Carnaval :

Plus de 100 recettes traditionnelles de toutes les régions de France :

Fouace occitane, le Téméraire de Salins-les-Bains,

Crêpes farcies ficelles picardes, Mariottes, Pets de nones, Bourboulhade, ...

À vos fourneaux

> ETT / Éditions Territoires Témoins Collection Gourmande : plus de 300 pages, 12,00 €

www.territoirestemoins.net

 

Couv-Epiphanie-ok--copie-3.jpg

Partager cet article
Repost0
27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 10:05
Partager cet article
Repost0
25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 16:51

Art ER 1

Partager cet article
Repost0
12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 18:07

" La pillerie de Constantinople " Gilles Voydeville Collection Locutio  18,00 €

 

 En route vers Rome.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Par un beau matin de l’Avent de l’an 1197 après l’Incarnation de Jésus-Christ, moi, Jehans de Rupt de Ville commandeur du Temple, me mis en la Mer Levantine et quittai le port de Saint- Jean-d’Acre du royaume de Jérusalem. Les rayons de l’aube éclairaient la muraille d’une douce lumière, pareille à cette clarté d’ambre que donne chaînette à façon de fleurs au cou d’une pucelle. Sous le ciel encore sombre, la mer brillait de moult bouillons qui déferlaient sans cesse de vagues moutonnières. L’écume étincelait comme mille colliers jetés au large puis venait s’éteindre sur le sablon. Un feu marin qui mourait dans la terre comme un être qui a brillé et puis s’en va dessous… Nous sortîmes du port à la rame. Pour mettre à profit le vent qui grondait, le maître-nautonier1 fit dresser les voiles bien hautes. L’air et les rayons naissant s’y entonnèrent et le galion se mit à filer comme un cheval au trot. Après nous fûmes trop vite au large de cette belle terre. Le grand conseil du Chapitre de l’ordre du Temple s’était réuni et m’avait mandé pour une mission outremer. Derechef je quittai le royaume de Jérusalem comme voici passés cinq ans. Cette fois, le coeur gros et plein du deuil de notre bon roi Henri de Champagne. Et surtout, il faut que je l’avoue, au regret de me séparer de sa veuve la reine Isabelle, en ayant trahi le roi et mes serments. Chaque jour je priais des mâtines aux vêpres, pour que Notre Seigneur me pardonnât ce mortel péché. Je me disais l’avoir commis pour la sauvegarde du royaume. Mais au fond de mon âme je n’étais pas certain que cette excuse fut si utile à la Sainte Terre. J’avais assouvi ma passion de la chair et je sentais maintenant le fer rouge du remords qui pénètre. Mon seul espoir de pardon était de prier Notre Seigneur. Indigne et sachant le déshonneur que je Lui avais fait, je m’en remis à Sa Divine Bonté pour ne point me désespérer de penser que mon âme était morte.

    Les vents soufflaient fort. La nef nageait bon train et nous atteignîmes l’île de Chypre en deux jours. Quand nous arrivâmes assez près, je vis cette terre avec une sourde haine car le prudhomme qui y régnait était Amaury de Lusignan : roi de Chypre et de Jérusalem et nouvel époux de la reine Isabelle… Jalousie est male pensée qui vous tord le coeur plus assurément qu’un vin aigre vous perce les boyaux. Je n’imaginais point qu’un tel sire, aussi riche et haut qu’il fût, puisse entrer dans le lit d’Isabelle et lui fasse ce que amour veut... Et je doutais qu’elle puisse s’éjouir un instant en s’offrant à cet homme… Fatuité de la pensée obscurcit la raison d’un homme plus fort que le choc d’une masse turque sur son heaume. Et le moment d’après je craignis la superfluité des sentiments de femelle qui s’écaillent plus vite que le tain d’un miroir et nous éloigne de leur coeur sans que nous y voyions goutte. De noirs desseins me traversaient la cervelle et quand nous passâmes non loin du port de Limassol, je demandai au nautonier de me débarquer. Mais sa route ne prévoyait point de mouiller en ce lieu et il ne se dérouta. Alors je priai pour que nous heurtions un banc de sablon qui nous échouerait. Comme le fit le galion du roi Richard quand nous vînmes tantôt au secours de la Sainte Jérusalem que Saladin avait prise. De cet écueil Richard d’Angleterre fit une conquête qu’il donna à Amaury de Lusignan. Et ce jour d’hui, elle donne au Lusignan du pouvoir et des avantages dont il use pour usurper un lit qui m’est cher. Ainsi va ma vergogne, ainsi va mon désarroi. Cette adversité que Notre Seigneur m’envoya en ce royal ennemi, fut sans doute une aubaine qu’Il m’offrit pour que je garde une chance de salut dans l’au-delà. J’avais l’âme plus corrompue que les fers d’un cheval par le sel par mon péché d’avoir souillé la royale chair. Par ma concupiscence pour ce corps gent et gracieux, je m’étais éloigné du droit chemin de l’abstinence. Par ma grande admiration pour cet esprit clair, j’avais oublié les interdits de la terre. Ce désir de femme qui m’avait occupé et de corps et de membres, m’avait perdu pour Notre Créateur. Je crois que c’en eût été fait de ma félicité si cette mission du Temple n’était venue pour m’éloigner de mon aimée. Mon âme s’était abîmée par trop de vaillance de corps et de coeur pour l’amour d’une dame terrienne. Il fallait surseoir à cette débauche de sentiments et de ribauderie en m’envoyant paître en Occident. Alors que l’on m’avait bien enseigné de réserver la grande célébration d’amour pour Notre Seigneur et Dame Dieu, j’avais péché en aimant trop ce siècle et ses joyaux : mais comment ne pas adorer une dame aussi pure que la rosée avant qu’elle n’abreuve la fleur ? Aussi haute et noble qu’elle fût, j’avais commis une forfaiture car je l’avais aimée comme une créature céleste. Ainsi je m’étais rendu parjure et mécréant par une dilection que j’aurais dû réserver à Dieu. Car donner un amour divin à la gent humaine nous fait détester du ciel qui nous damne à juste raison pour idolâtrie.

  Voguant sur la Mer Levantine je pensais que, pour me présenter devant Lui au jour du Jugement, je devais expier ici-bas mes honteux péchés. Il fallait que je souffrisse plus et ma pénitence commençait dans ce galion qui m’emmenait vers l’Occident. Mon coeur était gonflé de chagrin et mes yeux de larmes à pleurer. Et mon âme s’emplissait de la crainte de brûler dans les sarments et les braises qui font l’Enfer, d’y tressaillir des morsures des flammes mais surtout de s’y ronger des tourments de la disgrâce.

 

 La Pillerie de Constantinople
Partager cet article
Repost0
17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 17:10

Lire le début

" L'Ogresse met le feu " par Didier Fohr

ETT /Éditions Territoires Témoins

 196 pages  Collection Borderline 

www.territoirestemoins.net

 

 

1

Le toit s’est effondré. L’usine a été entièrement détruite par

les flammes. Il ne fait pas encore tout à fait jour. Autant qu’il

puisse faire jour un matin d’hiver à Varengeville. une épaisse fumée

s’échappe encore des tôles chiffonnées. Elle se mélange à la

brume glaciale, celle qu’exhale la forêt. Les pompiers ont décidé

de laisser leur dispositif une partie de la matinée. Ils n’ont pu que

laisser brûler quelques bacs de produits chimiques. Ils ont réussi

à en isoler un stock plus important dans une annexe. Le jeune

commandant des opérations de secours s’apprête à plastronner

devant la caméra de la télé régionale. un post-ado propret, à

peine sorti de ses jeux vidéo mais qui continue visiblement la

lotion anti-acné. Ses hommes, tout près, le regardent goguenards

en défaisant leur casque, les rides autour des yeux soulignées par

la fumée.

Mathieu prend les informations à la volée. Cette satanée rage

de dent se réveille malgré le clou de girofle qu’il a coincé contre

sa gencive. Il échange quelques coups d’oeil avec les pompiers. Il

préfère finalement s’éloigner en direction d’un groupe réuni sur

le parking. Une trentaine de salariés. turcs, pour la plupart. La meilleure

main-d’oeuvre pour les métiers difficiles, dit-on. En embauchant

ce matin ils ont découvert qu’ils avaient perdu leur travail en

approchant du parking.

« On fait du traitement de surface, on recouvre les boucles de

ceinture et tous les trucs en fer des sacs à main ici », explique l’un

d’eux à Mathieu. « On travaille pour les grandes marques comme

Guerlain, Prada. même si on a pas forcément les moyens d’acheter

les sacs à nos femmes ».

C’est Ismet, le contremaître qui a découvert l’incendie en

arrivant vers cinq heures ce matin. tout était embrasé. Les voisins

de l’usine avaient déjà alerté les pompiers. Le feu a démarré

par une série d’explosions très violentes. Les bouteilles de gaz,

sans doute, et les fûts de produits chimiques. une odeur âcre et

irritante sature l’atmosphère. Ajouté au clou de girofle, c’est un

bonheur.

Quelques salariés restent interdits dans le froid en regardant

les pompiers s’activer au milieu des décombres. une vingtaine

d’autres écoutent un policier. Deux ou trois femmes pleurent

entre elles. Mathieu s’approche. une quinquagénaire sanglote

dans les bras d’une plus jeune que l’on devine assez forte sous

un long imperméable. « Les dégâts sont impressionnants », glisse

Mathieu. « On a une idée de l’origine du feu ? »

La jeune femme et la plus âgée se détournent, l’air outragé.

Mathieu n’insiste pas. Il s’éloigne vers un autre groupe. un jeune

lui demande s’il est policier avant de lui répondre. Mathieu dit

qu’il est juste journaliste. « Nous sommes une cinquantaine là-

dedans. Et on déborde de commandes en ce moment. On ne sait

rien encore pour l’instant, mais je crois bien qu’on n’a plus qu’à

chercher un autre boulot ».

- Je suis désolé, soupire Mathieu. Vous avez un responsable ?

-On ne voit jamais le PDG, il a laissé les clefs de la boîte à la

Grosse. C’est elle qui porte la culotte ici.

un coup de menton vers la jeune femme en imperméable, qui

n’a rien perdu de la scène. Celle-ci s’approche, monolithique, avec

une démarche saccadée. « Vous n’avez rien à faire ici », lâche-t-elle.

Il y a de la colère dans sa voix. « Vous pourriez au moins respecter

ces gens qui ne peuvent plus travailler. Arrêtez de fouiner. Laissez-

nous maintenant ! »

Deux solutions. Expliquer gentiment ou non qu’on est en train

de faire son travail et que, quoi qu’il arrive, un article sortira demain

dans le journal avec tous les éléments concernant cet incendie.

Mathieu préfère la seconde. Il s’efface pour éviter l’accrochage. Le

jeune homme lui adresse un demi-sourire désolé. « Viens Akhan,

on a autre chose à faire que de parler aux charognards », conclut

la boulotte avec un rictus impressionnant.

Mathieu en sait déjà beaucoup. Il s’approche des policiers qui

le saluent. Depuis cinq ans qu’il tient la rubrique des faits divers

à Varengeville, le journaliste les a déjà tous croisés une bonne

dizaine de fois au pied d’un bâtiment en flamme, devant un

accident, dans une manif ou au bal de l’amicale de la police. L’un

d’eux s’approche. « Salut le journaleux. toujours dans les bons

coups ! » Il pose un bloc-notes sur le capot d’une voiture pour

fermer son blouson. « toi, tu as encore fait fort hier soir. t’es

coiffé à la brosse à dent ! mon pauvre, on ne pourra pas te dire

grand-chose sinon qu’une usine vient de brûler… »

Mathieu se renfrogne. « merci de ton aide… » Sur le bloc, le

policier a commencé à prendre les coordonnées des salariés. Le

portable du jeune Akhan y est inscrit. Mathieu s’empresse de le

mémoriser. Il porte sa main sur sa joue. « tu connais un dentiste

à qui il resterait un fond d’humanisme ? »

Le flic rigole. « tous des barbares. S’il y a une seule spécialité

qui n’a pas évolué depuis le temps des estourbisseurs de chicots,

c’est bien eux. En tout cas, ces saloperies de produits chimiques

ont tout ravagé. Le feu a pris dans la partie administrative. mais

bizarrement, c’est la moins touchée. Là, on va mettre un périmètre

de sécurité. Il vaut mieux ne pas trop s’approcher. L’identité

judiciaire arrive ». Mathieu s’éloigne, la main toujours en protection de la mâchoire

gauche sur laquelle on pourrait faire chauffer deux ou trois paninis

tandoori. Le photographe du journal n’est toujours pas arrivé.

Patrick, décidément, n’assure pas une cacahuète. Mathieu devra

encore le couvrir. L’air de rien, il commence à faire le tour du

bâtiment. A l’arrière, une lourde porte métallique est entrouverte.

On aperçoit les vestiges d’un grand atelier, entièrement carbonisé

et recouvert de poutres métalliques torturées par la chaleur. Des

bacs fondus, le squelette charbonneux d’un chariot élévateur,

des établis noircis, une blouse encore accrochée à une patère et à

demi-calcinée, un poster ringard incitant à porter des lunettes de

protection. Il se dégage encore une chaleur étonnante de l’amas

de décombres. Mathieu s’approche. Daniel, un vieux pompier,

s’extirpe d’un enchevêtrement fumant. Il a un tournevis à la main

et un vieux chronomètre. « Bof, tout va être détruit », dit-il. « Et

il fallait justement que j’achète un cruciforme. tu as une mine de

déterré, toi ! » Mathieu grogne. Le vieux pompier enlève son gant

pour lui serrer la main. « tiens, viens voir. tu auras la primeur ».

L'Ogresse met le feu
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de lireledebut
  • : Les intros des romans de ETT / Éditions Territoires Témoins
  • Contact

Recherche

Liens