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5 décembre 2019 4 05 /12 /décembre /2019 16:01

Coupable ETT / Borderline

Coupable ETT / Borderline

Coupable.     Serge Radochévitch

 

Première partie
Quelque part en lorraine 1997
        
            1

 

Il court à travers la forêt, il court sans savoir où aller. Il court, il marche. C’est déjà midi, il a encore un peu de temps, aller le plus loin possible et trouver une cachette, un trou, une caverne. essayer de ne plus voir cette horreur.
Je m’appelle Jimmy et je ne l’ai pas tuée.
Il court, il marche, plus loin, encore plus loin et ce n’est pas assez. Il a le souffle court, les jambes se font lourdes. Trois fois, il a vomi. Courir, il ne peut plus. Il marche, maladroit, hésitant. Souvent, il s’arrête, écoute, non rien, regarde autour de lui. Cinq heures. Il n’en peut plus. Et ça, qu’est-ce que c’est ? Une cabane à demi écroulée. Il la reconnaît. C’était leur cabane, leur refuge, quand ils étaient mômes. Il se glisse à l’intérieur et s’affale sur le sol, le dos calé contre la cloison de bois. Une mauvaise sueur lui sort de tout le corps et il se met à trembler.
Ce n’est pas moi !
J’ai du mal à respirer. Je regarde mes mains, je plie les doigts pour en faire des griffes. Ce seraient donc elles qui auraient fait cette chose horrible, impensable, c’est ce qu’ils vont penser, horrible, horrible, c’est lui, ils vont crier, hurler, c’est lui !
Risible.
C’est vrai que j’ai envie de rire, parce que tout ce qui m’arrive n’est jamais arrivé, rêve, cauchemar ou conte cruel dans lequel je me suis perdu.
Impossible.
Mais quand je me suis réveillé, je l’avais dans la main, la pierre pleine de sang, je me souviens l’avoir jetée, merde, beurk, c’est quoi ça, hé Christine, réveille toi, je me suis tourné vers elle, il faisait à peine jour mais j’ai vu, du sang, du sang, son crâne éclaté, je me suis levé d’un bond, j’ai crié, non, non, Christine, ce n’est pas vrai ? Je me suis rapproché, elle était morte et c’était moi qui l’avais tuée.
La forêt, pour m’y cacher, fuir cette horreur...
Morte, elle était morte, le crâne fracassé à coups de pierre, elle s’appelait Christine, une fille avec qui j’avais fait l’amour, l’amour, je n’avais aucune raison, pourquoi aurais-je fait cela, je la connaissais à peine, une simple rencontre d’un soir. Je ne me souviens pas.
Qu’est-ce que je fais ici ?
Il faut que j’aille chez les flics, je vais leur expliquer. Mais leur dire quoi ? Que je n’ai tué personne. Ils vont rigoler. C’est ce que l’accusé dit toujours, ce n’est pas moi, je le jure. et si en plus, je leur raconte que je ne me souviens de rien... et comme un con, je me suis sauvé ! Je suis dans une merde pas possible.
Bravo Jimmy ! Maintenant tu te calmes et t’essaies de te souvenir.
Que s’est-il passé exactement cette nuit là ? Cette idée de fête nocturne, elle était sienne. Il avait invité tous les copains, les amis, parce qu’il quittait plus ou moins définitivement la ville, direction Paris, école de journalisme. Ils avaient trouvé, Michel et lui, un petit coin discret, assez loin des premières habitations, une prairie entourée de saules, d’acacias, de sureaux et de lilas, qui descendait en pente douce jusqu’à la rivière.

Nous sommes arrivés ensemble, Michel et moi. J’avais apporté ma guitare et le champagne. Huit heures du soir, chaleur lourde.
- Ce serait con qu’on ait un orage ! remarqua Michel.                                            

- C'est vrai qu'il fait chaud !
- Tu veux une bière ?
- Donne !
Michel est de taille moyenne, blond, les yeux verts. Il est vif, rapide et puissant, ceinture noire de judo. et c’est mon meilleur ami. Depuis l’école primaire, donc depuis toujours. Ses parents sont pharmaciens. Il a une sœur, Fabienne.
- Tu crois qu’ils viendront tous ?
Michel hausse les épaules, oui, bien sûr !
Tous des amis, tous des copains, ça me ferait mal qu’un seul ne vienne pas. Parce que, c’est peut-être la dernière fois qu’on se voit. À chacun sa route.

Philippe et Gérard sont arrivés avec la bouffe. papa qui tient le café-restaurant, le Rapid Bar, avait été généreux, pâtés, saucisson, rillettes, fromages et saumon fumé. Sont venues ensuite, avec les gâteaux, Fabienne, Delphine et Christine. Christine Calvini, son père est dans le bâtiment, elle sort avec Philippe. Hélène n’est pas venue. elle est à Bruxelles, avec sa mère, une expo de peinture. Je me souviens que j’étais un peu frustré, parce que Hélène et moi, ça commençait à devenir sérieux et que j’avais du mal à me passer d’elle. Mais je n’allais quand même pas laisser tomber les copains.
La fête ! Nous faisions la fête. J’ai joué de la guitare. Quelques tubes du moment. on buvait beaucoup et on riait de même. Sauf Fabienne qui me faisait la gueule. J’en ai parlé à Michel. elle pourrait faire un effort, merde ! Il a rigolé, tu sais très bien pourquoi, il ne faut pas faire attention, ça lui passera. Évidemment que je savais. Ç’avait été d’abord Fabienne, et maintenant c’était Hélène. Rien de nouveau sous le soleil ! Mais quand même, ça m’avait énervé. C’est peut-être pour ça que j’ai failli lui rentrer dedans, à ce con de Philippe. Ne sait jamais quand il faut s’arrêter, ne pas insister... le pire, c’est qu’il se croit malin avec ses vannes censées faire rire. Je n’avais pas envie de rire. D’habitude, je laisse passer, mais cette fois ci... Je me levai d’un bond, je le pris par le col de sa chemise, tu dis encore un mot et je t’éclate la gueule !
Fabienne s’écria, hé, arrête Jimmy, tu ne vois pas que tu es en train de l’étrangler ! Ils m’ont tous regardé, c’était quand même exagéré, bon, on efface tout et la fête continue.
Onze heures du soir. Gérard est malade. Son frère l’a raccompagné jusqu’à la route.
Minuit. Tout le monde à poil et baignade obligatoire. C’était un peu notre rituel et examen de passage pour les filles. Surtout la nouvelle, Christine, belle môme, blonde, yeux bleus. Nous étions curieux de voir sa réaction. elle fit cela si naturellement que c’est nous qui nous sentîmes embarrassés. l’eau était fraîche et doux étaient ses seins. on s’est laissé glisser dans le courant et un peu plus loin, sur une pente herbeuse, on a fait l’amour et rejoint les autres un peu plus tard. J’ai bien vu que Philippe avait envie de cogner !
Qu’est-ce qui a dérapé ?
Nous avons continué à boire, à fumer. Certainement trop de shit ou d’autres choses. Qui avait apporté la drogue ? Michel, Fabienne ? Ça nous avait mis dans un drôle d’état, Christine et moi, une envie de baiser qui ne nous lâchait plus. Je me souviens vaguement que j’ai voulu aider à tout ranger, mais je n’étais pas très efficace. Michel m’a dit que je ferais mieux d’aller voir ailleurs. Avec Christine. On se revoit demain. Je ne les ai pas entendus partir. Et quand je me suis réveillé...
 

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