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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 16:24

" Embuscades & Combucha " d'Alexis Gleiss ETT / Dépendances

1-ere-de-Couv-reduite-Embuscades-.jpg  link

 

 

" Vous connaissez la dernière crise, celle qui commence en 2008 et qui n’en finit pas : des banques en faillite, des états en banqueroute, des populations entières en détresse. Je ne sais pas si vous étiez déjà dans le coin dans les années 1990-2000, moi je peux vous dire que ces années-là ont été terribles. horribilis ! comme dirait Élisabeth. Le commencement de la fin. La crise. La crise larvée, latente, sournoise contaminait tout. Le chômage gangrenait. Partout la crainte de ne pas s’en sortir. Au bureau on serrait les fesses. La clientèle fuyait, infidèle. courait au plus offrant, au mieux-disant, le plus bandant donc. Obligatoire. Vertige de la concurrence. tant pis pour les gogos restés scotchés sur des notions périmées, fidélité, respect du service, qualité des rapports humains. c’était entourloupettes, tracas, coups bas et plus si éventuels malentendus. L’amour aussi partait à veau l’eau. Pressé, pressuré, essoré, du coup on baisait dans l’urgence. comme en temps de guerre. Fureur et débauche de testostérone. Et le destin comme toujours frappait sans prévenir et prière de garder le sourire. De leur côté, les femmes grignotaient, avalaient, vomissaient le machisme. L’autre guerre. Certaines mêmes étaient de vraies barbares, peur de rien, pubis rasé, conquérantes, plus féroces que grands mâles. Moi je n’étais pas armé. trop confiant. Je présumais. J’avais tort. Désormais, il faudrait se battre sur tous les fronts."

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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 16:08

1ere-de-Couv-reduite--Mauvaise-herbe---.jpg     link

" Après un certain temps de réflexion en compagnie d’une bouteille d’anisette, j’en arrivai à la conclusion imparable qu’un gars assis tout seul dans sa cuisine devant un verre d’alcool était au fond du trou, un poivrot en fin de course. Par contre, le même gars et sa bouteille installé devant un clavier et un écran d’ordinateur était un écrivain, à partir du moment où il avait commencé à écrire une phrase en prenant l’air pensif. Voilà comment j’allais me mentir à moi- même, en tentant de devenir écrivain.

J’hésitais tout de même sur la nature de l’ouvrage. Entre narrer les folles aventures d’un poney défoncé au bourrin ayant volé une deux-chevaux le jour du grand prix d’Amérique, me lancer dans un bouquin de recettes culinaires zimbabwéennes ou bien dans l’écriture d’un polar dont le héros, un flic abîmé par la vie, nous plongerait avec lui dans les abîmes de cette société moribonde à la rencontre de personna- ges désaxés abusant de moines bouddhistes carburant au Rohypnol et amateurs de gang bang sur des fœtus récupérés dans les poubelles de centres pratiquant l’IVG... Bref, je n’avais que l’embarras du choix. Ne me restait plus qu’à faire le plein de munitions éthyliques et je pourrais enfin embrasser une amorce de carrière artistique.

Alors que comme prévu j’accomplissais mes devoirs de brave consommateur dans les allées d’Inter- marché, je tombai nez à nez avec Pinpin, un vieux pote de scrabble et champion cantonal du lancer de limaces. Nous bavassâmes dans le rayon des alcools avant de nous décider à aller en boire. Il m’invita chez son cousin écluser des pastis, renifler quelques traces de coke et fumer de sa dernière récolte. Bref, rien de bien méchant en soi.

Pressé d’attaquer le début du bouquin, je pris congé de mes camarades vers vingt-trois heures vingt- deux, montai dans mon AX k-way et filai à allure modérée vers mes pénates. Trois kilomètres plus loin, approchant le giratoire de la Taupe verte, je les aperçus, eux, les gendarmes. Une partie de mon pot d’échappement et mon contrôle technique faisant défaut, j’eus le droit de m’époumoner dans le ballon tel un joueur de cornemuse au Festival Interceltique de Lorient.

Une heure de paperasserie dans le fourgon, une suspension immédiate du permis de conduire, six points en moins, une prochaine convocation au tribunal et vingt-cinq minutes de marche à pied plus tard, je parvins enfin à mon domicile."

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 09:35

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 10:56

Novo 1

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:29

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"Mémoires de Templier / La tentation de la chair"  Gilles Voydeville

Collection Locutio ou le plaisir du texte ETT Éditions Territoires Témoins

www.territoirestemoins.net

 

 

 

Octave de la Pâques

de l’an de grâce onze cent et nonante-et-quatre

après l’Incarnation de Notre Seigneur


En ma petite chambre à voûte de pierre, chaque jour je

m’éveillais avant que le coq ne chante. Ma prime pensée était pour

Notre Doux Seigneur. Je me levais et marchais comme aveugle à

tâtons pour allumer ma chandelle à celle du couloir. Après je

m’agenouillais dessous la Sainte Croix pour réciter un chapelet de

patenôtres1. Je La fixais de toutes mes forces. Ainsi je me fondais

en Son Admiration comme la glace se fond en l’eau bouillante. Il

n’y a point de salut à ne point s’occuper le corps ou l’esprit. La

plus grande gloire étant d’honorer Notre Jésus des meilleures parts

de notre âme. Afin d’être en lui pour qu’Il puisse nous couronner

de Sa Grâce. Et je fis si bien que j’en oubliais d’assister aux offices

divins, n’oyant plus sonner à l’aurore la cloche des matines, ni celle

des complies après vêpres.

Depuis que je m’étais départi de la riche cité de Metz où Notre

Jésus me fit tant de hauts égards, j’avais cheminé vers le royaume

d’Aragon pour y revoir mon père avant qu’il ne meure en son

castel de Loarre. Après je vins en la place de Miravet que le bon

roi Raymond Bérangé IV avait reprise aux Sarrasins pour la donner

au Temple. Au matinet la pierre des murailles est du jaune de l’or

fin, à none basse2 de celle d’un vin clair. L’air y est bon, sec et fait

peu de foudre et d’orages. La rivière coule du Septentrion3. On

peut voir du donjon les Monts du Tarragonais qui bordent au loin

la plaine et les forêts. On y guette ou cherche bonne aventure. Le

maître ès lieux est commandeur de la Province de Ribera qui est

plus grande province du Temple du pays d’Espaigne et de

Provence. Je fus le bienvenu quand je lui annonçai que j’étais un

envoyé de l’Ordre et que j’avais rang de commandeur. Je lui dis

que je me voulais retirer et méditer avant les grands voyages qui

m’attendaient et étais céans pour prier et mercier Notre Jésus de

l’immense honneur qu’Il m’avait fait de trouver le Saint Graal.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:19

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"Une amie qui vous veut du mal" Annick Élias

Collection Dépendances ETT Éditions Territoires Témoins

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1

Neige

- Ne te laisse pas mourir. Je vais t’aider à sortir de là, moi !

Elle se retrouvait assise dans la cave, égarée et geignarde, au milieu

des nombreux monticules de poussière qu’elle avait amassés,

de-ci de-là. Elle avait tellement gratté le sol, qu’elle ne sentait

plus le bout crasseux et sanguinolent de ses doigts anesthésiés.

L’obstination à vouloir trouver ce qu’elle recherchait, lui faisait

oublier toute notion de temps et d’espace. Elle n’était même pas

sensible à l’air gelé de l’hiver, qui s’infiltrait par la porte béante

et les vitres brisées de l’immense sous-sol.

Depuis le matin, elle s’évertuait à déblayer les strates accumulées

par des années d’oubli, entassées à l’insu de générations de

propriétaires indifférents à ce qui ne pourrait jamais, en aucune

façon, se transformer en cave à vin. Mais elle avait décidé, elle,

de changer cela. Elle allait tout nettoyer. Elle épuiserait jusqu’à

la dernière particule de poussière, l’isolerait, l’enfermerait,

l’exterminerait pour arriver à l’instant fini, où il n’y aurait plus

rien entre elle et ce qui l’attendait. Mais voilà ! Le sol de cette

cave, mi-bétonné, mi-terreux, laissait découvrir des surprises : elle

pourrait y passer tout le temps qui lui restait à vivre, elle n’en

aurait jamais fini de creuser et de creuser, puisque chaque geste

agrandissait les trous du sol qui collait à la terre. Elle aurait tout

12

de même pu le savoir, avec un peu de clairvoyance…

La nuit était tombée depuis quelques heures déjà. Ayant tout

oublié des rituels du jour, elle se retrouvait là, en pyjama depuis

le matin, échevelée, et le visage noirci de saleté, à force de vouloir

effacer d’un geste de la main, les traces de la rage qui la faisait

pleurer. Elle voulait en venir à bout, coûte que coûte, et plantait

sans relâche ses ongles dans la poussière. Elle grattait, et entassait

les amas de part et d’autre, à mesure qu’elle avançait.

- Les voies du Seigneur sont impénétrables.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:15

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« Péchés gourmands » Annick Élias

Collection Dépendances ETT Éditions Territoires Témoins

www.territoirestemoins.net

 

 

 

 

   Lili pleure, ça coule tout seul. Mais ce n’est pas le moment de se plaindre, il y a de la route à faire. Depuis des heures qu’elle est debout, elle s’affaire, elle gesticule. Et elle a soif ! Encore un verre ? La bouteille est presque vide. Elle passe de la cuisine à la chambre, et retourne au salon, elle est allée à la salle de bains plus de dix fois déjà, pour rien. Lili ne sait plus où elle en est, elle a oublié ce qu’elle cherchait. Ah ! Ça y est. Le ticket de caisse. Où a-t-elle bien pu mettre ce foutu ticket de caisse ? Elle vient de retrouver les étiquettes, in extremis, dans la poubelle. Par chance, elles n’étaient pas tachées. Mais cela ne suffira pas, si elle veut se faire rembourser. Elle va sur le canapé et s’effondre, elle ne retient plus sa peine. Rien ne peut consoler Lili. Rien, ni personne. Tiens ! le voilà, qui traîne à ses pieds. Il était coincé sous le sac qu’elle avait préparé la semaine précédente, pour les pantoufles d’Astrid. 

Il faut qu’elle se mouche. Il ne manquerait plus qu’elle salisse les habits, déjà qu’on ne sait pas si la vendeuse les reprendra… Elle pourrait bien faire ça, tout de même, depuis le temps que Lili est sa cliente ! - surtout quand elle lui aura dit ce qui vient d’arriver. Elle va jusqu’au fauteuil, prend les vêtements posés là, et les replie soigneusement, avant de les remettre dans leur sachet d’origine. Lili n’a plus qu’à partir. Pour s’épargner la fatigue des étages, elle veut tout sortir en même temps. Les affaires pour le voyage, les bouteilles, et la poubelle qui est pleine. C’est trop d’un coup, voilà qu’elle se prend les pieds dans la chaise - la chaise d’Astrid - Elle a tout gagné. Le marc de café, les cartons à pizza, au milieu du verre pilé… Par terre. Lili s’effondre, son corps glisse dans l’immondice. Elle sanglote maintenant. Voilà qu’elle a encore soif. Elle se lève, et retourne au frigo. Un dernier verre de vin rouge. Mais elle ne pourra pas rouler dans cet état, il faut qu’elle aille s’allonger.

De son lit, elle voit les premières lueurs du jour. Il faudrait fermer les volets, Astrid n’aimait pas que ça reste ouvert. A quoi bon, maintenant qu’elle n’est plus là… L’alcool, la fatigue, le poids de sa peine, tout cela lui donne le vertige. Et dire qu’il va falloir retourner là-bas, au risque de le rencontrer, cet homme qu’elle a laissé seul, la semaine précédente, devant un lit d’hôpital. En le quittant, elle s’était pourtant juré de mettre une croix définitive sur cette histoire, qui ne la regarde plus. Mais voilà, maintenant qu’Astrid est morte, les fantômes reviennent. Il faut qu’elle lui en parle. Après cela, pense-t-elle, elle pourra se sentir définitivement libérée de ce qui l’oppresse depuis trop longtemps. Comme il est hors de question d’aller le voir, elle n’a pas le choix, elle va lui écrire. Lili se fait violence, elle rassemble les forces qui lui restent, pour arracher à la léthargie la masse épaisse de son corps obèse. Elle se dirige vers l’ordinateur, et pose la boîte de mouchoirs, juste à côté de la souris.

 

Messagerie.

Répondre.

 

Bonjour,

Vous l’avez peut-être déjà appris, Astrid est morte hier. C’est fini. Le poids du chagrin ne suffit pourtant pas à me délester de tout ce qui s’est passé la semaine dernière. Je ne pourrai vous faire disparaître de ma vie, vous, autant que votre femme, qu’après en avoir complètement terminé avec mon récit. Voici le mot de la fin, en quelque sorte. Il s’agit d’un souvenir qui m’est revenu cette nuit. Ce sera le dernier, mais il éclaire l’issue tragique des événements que nous avons vécus.

 

Souvenez-vous, alors qu’elle sortait de la chambre de Marie-Léonie, Astrid est tombée dans les escaliers. Pour amortir la violence du choc, elle s’est mise en boule, et comme une énorme pelote molle, elle a roulé jusqu’en bas. Elle ne pouvait plus bouger, mais elle n’avait pas mal, et sentait seulement un filet de sang chaud qui s’écoulait le long de ses jambes. Cela a duré un bon moment - Une éternité, aurait dit Sainte Marie-Léonie -. Astrid est restée là, à fixer l’azur largement offert par les grandes fenêtres du hall. Un beau ciel, tout bleu, de ceux qui annoncent un peu trop tôt le printemps. Et puis une masse de nuages blancs a pris toute la place. C’est à ce moment-là qu’elle a eu sa vision. Deux angelots se sont dessinés, aussi beaux que ceux qui étaient placés juste au-dessus de la sacristie. Ils étaient ronds, voluptueux, et tout vaporeux. Tout d’un coup, elle a pensé à son frère, Luigi. Elle s’est dit que c’était lui, qui venait lui rendre visite. Les deux Amours se tenaient face à face, les mains liées. Ils faisaient la ronde, comme dans l’enfance. Mais le vent s’en est mêlé. Les Anges sont devenus gris, presque noirs. Elle a vu leurs bras s’allonger, s’effiler d’abord, puis se déchirer. Les membres ont fini par se disjoindre, les têtes par s’étirer, et les visages se sont transformés en masques grimaçants. On aurait dit d’affreuses gargouilles. Les deux angelots se sont progressivement éloignés l’un de l’autre. Et puis plus rien. Elle a perdu connaissance.

 

Voilà, c’est tout. C’est peut-être faire grand cas de peu de chose, mais, à mon sens, cet épisode peut expliquer tout le reste. A vous de voir si vous vous en servirez.

Je vais vous laisser maintenant, car je dois partir pour régler les formalités du décès, et rapatrier le corps. Je n’aurai sûrement pas le temps de venir vous voir à l’hôpital. Un dernier mot, pour Angèle. J’insiste, n’ayez aucun scrupule à lui dire que rien ne l’oblige à prendre contact avec moi. Tout cela m’est bien égal, maintenant.

Je vous souhaite le courage nécessaire pour supporter les heures difficiles qui vous attendent,

Lili.

 

 

Elle se relit plusieurs fois. Pas de fautes. Bon. Elle éteint l’ordinateur, et va fermer les volets. Elle ramasse les détritus, à la cuisine. Il faudra faire deux voyages. Elle ne se changera pas, ça ira comme ça, pour la route. Ne pas oublier les vêtements, pour les rendre à la boutique. Elle est au centime près, maintenant. Elle met sa veste, et s’en va.

Elle a oublié de prendre les mouchoirs. Tant pis.

 

 

 

 

ENTRÉES DIVERSES ET VARIÉES

Barbara, l’étrangère.

 

 

 

Dinard. Samedi matin, tôt. Tu dois dormir encore…

Léo Chéri,

 

Ici, c’est le Moyen Age ! Pas de Wi-Fi, pas de connexion, et du réseau une fois sur deux. Donc je n’ai pas le choix… il ne me reste plus que la bonne vieille correspondance par lettres. J’essaierai de t’appeler quand même de temps en temps, histoire de te montrer que je suis toujours en vie !

J’ai très mal dormi cette nuit. Demain, à la première heure, j’irai donc à la pharmacie pour prendre le nécessaire. Quand je suis arrivée, hier soir, il était tard, et c’est à peine si j’ai entrevu Will et Méri, les domestiques. Une fois seule dans ma chambre, l’aventure m’a paru tout d’un coup moins excitante que prévu. Loin de toi, je crains de manquer du zèle et de l’enthousiasme nécessaires à notre entreprise. L’austérité du lieu - une table, une chaise, un lit en bois sombre et massif - m’a dégrisée. Volatilisée, la belle énergie qui alimentait tous nos fantasmes ! On s’était dit que la semaine passerait vite. Eh bien, je n’en suis plus si sûre, maintenant. Vivement qu’arrive le jour de la septième et ultime missive.

Je ne dispose que de très peu de temps pour mettre ma stratégie au point, car Marie-Léonie arrive demain. Comment faire pour qu’en moins d’une semaine elle admette ce que j’ai à lui dire, et surtout qu’elle y adhère ? Je vais déjà mener ma petite enquête auprès des domestiques. L’enjeu est de taille, et je ne te cache pas que je me sentirais plus forte si tu étais près de moi. Pour me consoler, je m’efforce de penser que plus tard, on rira ensemble de cette comédie. En tout cas, sache-le, cela vaut la peine que j’essaye. Le manoir est encore plus beau que sur les photos ! Il y a de quoi faire, on peut tout imaginer, au-delà même de nos élucubrations les plus fantasques.

Parlons un peu de toi, maintenant. Où en êtes-vous des préparatifs, à l’heure qu’il est ? Je ne me fais évidemment aucun souci quant au succès du banquet. Rien ne peut ébranler l’assurance d’un chef de ton talent, pas même le mariage de l’arrière petite cousine d’un Prince ! Les maisons royales ont le privilège de l’excellence. En choisissant l’Auberge, elles savent bien qu’elles s’offrent tous les luxes - y compris celui de la pureté de nos montagnes d’Andorre. Je regrette de ne pas être là, mais je crains de ne manquer à personne. La réaction de Madeleine ne m’a guère encouragée à penser le contraire. Elle a montré beaucoup d’enthousiasme à l’idée de prendre ma place, et n’a même pas cherché à cacher son agacement, quand je lui ai expliqué comment s’y prendre avec les bouquets. J’ai, il est vrai, beaucoup insisté pour qu’elle ne mélange pas ceux de la salle d’apéritif, et ceux de la table d’honneur, pour qu’elle songe aux arrangements prévus pour chaque salon…

- Madame devrait savoir que, du temps où l’on travaillait seuls aux côtés de Monsieur, tout se passait toujours parfaitement bien. Madame peut donc partir une semaine entière sans se faire le moindre souci. Fût-ce la Sainte Semaine. 

 

Hum ! Te voilà peut-être trop bien secondé, mon chéri… Sur un point, en tout cas, elle n’a pas tort. Quand on est à tes côtés, rien de néfaste ne peut arriver. Je te l’ai assez répété, depuis que je t’ai épousé, je me permets de croire aux miracles.

Merci de tout, de ta patience, merci, merci, merci.

Toute à toi,

Ton Bb. 

 

PS. Je ne posterai la lettre que ce soir, afin de pouvoir rajouter un mot en fin d’après-midi, si nécessaire. J’en saurai peut-être un peu plus. Il y a une levée le dimanche matin.

 

 

 

 

 

 

 

 

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:11

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« Sur les pas de mon frère » Pierrick Gazaignes

Collection Dépendances ETT Éditions Territoires témoins

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5 avril 1953. Au Sud de Luang Prabang (Laos).

Vers 11h00 du matin.

J’ai attaché au bout du canon de mon PM le petit foulard

qu’elle m’a donné. Verdier et Demaison se sont foutus de ma

gueule mais comme ils savent que quand je dis plus rien et que

mon menton tremble, je suis prêt à rentrer dans le lard de

n’importe qui, ils ont tout de suite arrêté.

On marche dans la jungle depuis trois jours. On est en

opération. Les deux éclaireurs viets qui sont avec nous sont aussi

bons marcheurs qu’ils connaissent le terrain. Sans eux et le

lieutenant, on aurait été taillés en pièces depuis longtemps.

J’ai appris au cours de ces longues semaines à survivre. Comme

un animal. Je suis un animal. Je sens comme un animal. Je sais la

peur qu’il éprouve, je la sens au fond de moi et c’est cette peur

instinctive qui, je sais, me permet de rester en vie. C’est la seule

chose que j’ai comprise sans doute parce que ça répond à une sorte

de pulsion. Il y a pourtant deux trucs qui me font mourir de peur

tout le temps. La première c’est que je ne sais jamais où on est et

la deuxième c’est que je sens en permanence que cette saloperie de

Vietminh peut nous tomber dessus à n’importe quel moment.

- Eteins ta clope Simon.

- Lieutenant, il va nous faire dézinguer si vous lui faites pas

avaler son mégot.

- Ta gueule Fratus, je l’écrase ma tige.

- Ils sont loin devant ? a demandé le lieutenant Salva.

En tête de colonne quelqu’un a gueulé :

- Ça fait un moment que je les ai pas vus mon lieutenant.

- Ils ont combien d’avance sur nous Régis ?

- Cent mètres.

- Putain, c’est trop mon vieux, t’as vu comme c’est dense dans le

coin, faut que tu ailles me les chercher.

J’ai resserré la jugulaire qui retient mon chapeau de brousse. Les

feuillages tropicaux formaient comme un toit au-dessus de nos

têtes au travers duquel le soleil lançait des faisceaux de lumière de

plus en plus disséminés. L’impression d’étouffement était renforcée

par la chaleur abominable et moite. Ecrasante. J’ai glissé le mégot

de ma clope dans le paquet à moitié écrasé que je faisais tenir au

filet de mon chapeau à bord.

- Bouge ton cul Dinard, fais moi revenir les Viets dans la

colonne, a crié le lieutenant.

- Seul, mon lieutenant ?

- Dépêche-toi de tracer, ils vont prendre trop d’avance.

Ça m’a étonné que le lieutenant lui dise de partir seul. C’était

pas son genre. Moi je savais que c’était un gros risque de le laisser

partir seul. Il était pas dans son assiette le lieutenant depuis

quelque temps. Il a levé son PM au-dessus de sa tête, l’a fait

tourner en l’air. C’était le signe que tout le monde devait s’arrêter

de marcher. Les quinze qu’on était, on s’est assis où on pouvait de

part et d’autre de la piste qui s’était rétrécie au point de pouvoir à

peine laisser passer un seul homme à la fois. Dinard a décroché son

sac à dos, a ôté son chapeau pour éponger la sueur qui trempait ses

cheveux comme s’il venait de prendre une douche.

Il n’avait pas l’air d’avoir la trouille, on aurait dit qu’il allait

partir comme un gosse à l’exploration d’un bosquet. Tous les mecs

de la section le regardaient. Il a réajusté son chapeau. Aucune

expression sur son visage. Le lieutenant lui a mis la main sur

l’épaule.

- Attends Dinard… le lieutenant a mis ses mains en porte-voix

devant sa bouche et a crié, b!n có tr"#c $%n nay ? (vous êtes loin

devant ?)

On a tous attendu une réponse mais rien ne nous est parvenu.

Il a repris.

- B!n $ang quá xa t#i! d&ng ! (Vous êtes trop loin devant !

arrêtez !).

Le lieutenant a regardé Dinard. Il fallait qu’il y aille.

Dinard n’a même pas jeté un regard vers nous. Il s’est engouffré

dans les herbes épaisses qui l’ont fait disparaître au bout de

quelques mètres de nos champs de vision.

Presque tous les gars ont fait mine de prendre une clope dans

leur sac, sur le paquet attaché à la poche de leur chemisette ou à

leur ceinturon. Le lieutenant a fait signe que non. Personne n’a

moufté. On ne disait plus un mot. On entendait le cri d’une sorte

de coucou qui répondait aux hurlements de singes déchaînés qui

sautaient de branches en branches au-dessus de nous.

- C’est pas une connerie de le laisser aller tout seul lieutenant ?

j’ai demandé.

(…)

9 septembre 1953. Etang de Bages (Aude)

Il faisait frais pour un mois de septembre. J’avais été relever les

nasses seul. Maman ne se sentait pas bien et je crois que c’était la

première fois qu’elle me l’avouait. C’est dire si elle n’était pas en

forme.

Depuis que Simon était parti ça n’avait pas aidé à la faire revenir

parmi les vivants. Trois ans plus tôt il y avait déjà eu l’accident de

papa et ça avait été le début de la fin. Maman n’était plus la

même. Et pour tout dire, il me semble que c’était pas la mort de

papa qui l’avait le plus affectée. Elle l’avait même plutôt pas trop

mal encaissée. Si on peut dire les choses ainsi… Par contre, quand

Simon est parti, alors là, tout s’est mis à foutre le camp, on aurait

dit qu’elle avait tout de suite compris qu’elle ne pourrait pas s’en

remettre. Et la vie d’avant n’est plus jamais revenue…

Pendant quelques mois, en fait jusqu’à son départ de Bages, j’ai

voulu croire que ça pourrait s’arranger mais j’ai fini par

comprendre que c’était irréversible. Avec sa décision de s’engager,

Simon avait donné raison à maman qui n’arrêtait pas de dire que le

destin s’acharnait sur nous.

Quand papa a eu son accident, je me suis raccroché à mon frère

comme à une bouée de sauvetage. Je l’avais toujours énormément

admiré mais à la mort de papa c’est devenu mon seul modèle. Ma

seule référence. Je savais que c’était lui qu’il fallait que je suive. Je

savais que j’aurais pu mourir pour lui. Peut-être plus encore que

pour maman.

Tout ce qu’il faisait me paraissait formidable. Tout ce qu’il

faisait était formidable. Il aurait pu faire les pires conneries j’aurais

trouvé ça incroyable.

Mais mon frère ne faisait pas de conneries. Il était calme. Il

réfléchissait avant de faire les choses. Il ne s’emportait jamais. Ses

sentiments ne sortaient jamais vraiment de lui. Enfin… je ne sais

pas comment dire, là-dessus il était totalement l’opposé de moi.

A la mort de mon père par exemple. Il n’a pas pleuré. Tout le

monde pleurait au cimetière parce que je pense que tout le monde

aimait mon père. Mais lui il n’a rien dit. La seule chose dont je me

souvienne c’est qu’il était très pâle et que quand on a descendu le

cercueil dans le caveau son menton s’est mis à trembler. Et

pourtant il n’a pas versé une larme. C’est même lui qui soutenait

maman et qui me disait de ne pas chialer comme une fille.

J’ai toujours voulu lui ressembler mais je savais que je n’y

arriverais pas. Je parlais tout le temps et je lui posais toujours des

questions. Lui, au contraire, pesait tous les mots qu’il disait. Il ne

se précipitait pas comme moi et c’est exactement ce que j’aurais

voulu pouvoir faire.

Il ressemblait à maman pour ça et je sentais qu’ils n’avaient pas

besoin de beaucoup parler pour se comprendre. J’étais toujours

pendu à elle quand j’étais petit. Lui pas. C’est maman qui me

l’avait dit après qu’il soit parti là-bas.

Ce matin-là quand je suis rentré à la maison, j’ai été surpris de

voir le portillon du jardin ouvert. Maman le tenait fermé pour ne

pas laisser s’échapper Rancoule, notre chien.

Comme elle ne se sentait pas bien je me suis dit que le facteur

était sans doute passé et qu’il avait oublié de le refermer. J’ai

déposé la bassine pleine d’anguilles sur le perron et suis entré dans

la maison. J’ai appelé mais personne n’a répondu.

Sur la table de la cuisine, il y avait toujours le petit déjeuner que

j’avais laissé en plan le matin même et que maman n’avait pas

débarrassé. A côté une enveloppe. J’ai tout de suite compris ce

qu’elle contenait. Elle n’avait pas été décachetée. J’ai hésité en me

disant que c’était à maman de le faire, mais je n’ai pas pu attendre.

J’ai rapidement survolé les premières lignes pour arriver au fait

lui-même. Je sentais une boule me serrer la gorge et des larmes qui

coulaient sur mes joues. Je devais les essuyer pour y voir quelque

chose mais rien ne pouvait les empêcher d’envahir mes yeux.

Votre fils… Simon Rozier… disparu en opération… n’ayant pas

donné signe de vie depuis… Tout porte à croire que … dans une zone

d’affrontements sauvage particulièrement difficile d’accès… Nous avons

le regret de … Nous vous prions de … l’armée française… saluons le

courage et la bravoure de votre fils … fait don de sa vie pour de notre

République… au nom de…

J’ai senti que les larmes s’étaient arrêté de couler. J’ai senti

qu’un sentiment que je ne connaissais pas se répandait en moi

comme un poison. J’ai regardé autour de moi le vide de la cuisine.

J’ai lâché la lettre qui est tombée comme une feuille morte à mes

pieds. J’avais envie de hurler mais aucun son ne pouvait sortir de

ma bouche. On aurait dit qu’une main de fer invisible garrottait

ma gorge pour empêcher la souffrance de sortir de moi.

Maman est apparue dans l’encadrement de la porte de la

cuisine. Je n’ai pas pu la regarder dans les yeux. Je n’ai pu que fuir.

Je n’avais qu’une envie : le rejoindre.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:06

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« Embellie » Claude Charles

Collection Dépendances ETT Éditions Territoires Témoins

www.territoirestemoins.net

 

 


A un détour du chemin, venant du fond du ravin, mais de plus

loin, probablement cent ou deux cents mètres en avant, difficile à

dire, avec le bruit que fait la pluie, un appel, la voix est faible mais

tu entends distinctement. A l’aide ! Au secours !

Tu t’arrêtes, tu attends un nouveau cri, rien. Tu reprends ta

marche et quelques minutes plus tard. A l’aide ! Au secours ! Plus

clair malgré le tonnerre qui gronde là-haut et le martèlement de

l’eau sur la rocaille, plus proche aussi, une voix de femme ou peutêtre

d’enfant. Tu t’en fous, ça ne te fait pas plus d’effet que si tu

avais entendu un chien aboyer, tu continues sous la pluie qui

tombe en rafales et te fouette le visage, tu peux à peine ouvrir les

yeux. Ton tee-shirt, ton jean sont à tordre, tes pieds nus baignent

littéralement dans tes baskets détrempées, pas un millimètre de

sec, tu as froid malgré l’effort que tu produis pour gravir cette

foutue montagne, tu as le souffle court, tu grelottes. Tu pourrais

t’arrêter, te mettre à l’abri, mais non, pas question, il faut que tu

avances.

Plus d’appel pendant un moment, tu as presque oublié, et tout à

coup ça recommence. A l’aide ! Au secours ! Cette fois ça vient de

derrière toi, pas bien loin, mais à l’arrière c’est sûr. Tu rebrousses

chemin sans réfléchir, qu’est-ce qui te prend ? Peut-être la

curiosité. Instinctivement tu te penches, tu scrutes, tu cherches, et

tu vois une forme humaine, tout au fond, un peu sur ta droite, on

dirait que c’est une femme, mais la pluie est si forte que tu as du

mal à distinguer les détails. Tu t’essuies les yeux pour mieux voir,

oui, c’est une femme, elle est assise, adossée à la muraille, une

jambe repliée, l’autre dans une drôle de position, sûrement

fracturée, un bras posé sur son ventre, peut-être cassé lui aussi,

l’autre qui lui sert d’appui, elle a un sac à dos accroché aux

épaules…

Elle ne te voit pas car elle a la tête penchée vers le sol, tu as

l’impression qu’elle est secouée de spasmes, peut-être des sanglots.

Ça ne te touche pas. Tu pourrais l’appeler, lui montrer d’une

façon ou d’une autre que quelqu’un est là, mais non, pas un mot,

pas un geste, tu te contentes de la regarder, pas concerné, comme

devant un film sans intérêt. Tu regardes, c’est tout. Sauf que ce

n’est pas du cinéma, sauf que la pluie te tombe vraiment dessus,

que cette femme est réellement au fond du ravin, réellement

blessée, sinon elle ne resterait pas bêtement assise sous la flotte

dans ce cul-de-basse-fosse, sauf qu’elle a forcément besoin d’aide.

Elle relève la tête comme si elle avait senti ta présence, tu fais un

écart en arrière de peur qu’elle ne te voie, ton pied dérape,

quelques cailloux tombent, aussitôt elle crie son espoir. Y a

quelqu’un ? Tu ne réponds pas, tu ne bouges pas. Y a quelqu’un ?

Aidez moi ! Je suis blessée, je ne peux pas bouger, j’ai peur… Sa

voix a faibli, à la fin elle pleure.

Tu t’en fous, tu repars en te courbant, tu avances à petits pas

au plus près de la muraille, tu te caches. Puis quand tu t’estimes

hors de vue, tu te redresses et tu reprends ta marche. La fille se

met à hurler. J’ai mal, j’ai froid, j’ai faim… Au secours ! Papa ! Sa

voix se casse sur ce dernier mot.

Tu t’en fous, encore une petite demi-heure et tu arriveras à

l’endroit que tu as choisi, un surplomb qui tombe à la verticale

dans le ravin, beaucoup plus profond à cet endroit, tu le sais. Tu as

mis ton scénario au point avec minutie. Tu te mets le canon dans

la bouche, tu te penches au dessus du vide, et juste au moment où

tu perds l’équilibre, tu tires. Tu plonges et tu t’écrases vingt

mètres plus bas. Même si tu te rates, la chute finira le travail.

Ceinture et bretelles ! Tu détestes cette expression, mais là, tu

trouves que c’est approprié.

On ne te retrouvera jamais, il ne passe jamais personne par ici,

et si par extraordinaire cela se produisait, ça ne serait pas avant des

semaines, des mois. Avec la chaleur de l’été, la putréfaction et des

tas d’animaux qui vont te bouffer, ton cadavre serait

méconnaissable. Aucune identification possible. Tu n’as sur toi

que le tee-shirt, le jean et les chaussures achetés la veille dans un

discount, plus le petit pistolet qui vient des puces, presque un

jouet, et quelques billets. Tes papiers, tes cartes, ton chéquier, tu

as tout brûlé avec tes derniers vêtements. Ta voiture, abandonnée,

les clefs dessus, dans une banlieue chaude. A l’heure qu’il est, elle a

déjà changé de numéro et trouvé un nouveau propriétaire.

Personne ne saura que tu es mort, même pas toi, puisque tu le

seras. Disparu, tout simplement. La dernière page de ta vie, la plus

vide, la plus désespérée, la plus lamentable, cette dernière page

sera enfin tournée.

Je ne veux pas mourir ! Son cri te sort brutalement de tes pensées,

elle a crié si fort son désespoir que ça te fige sur place. Jusque- là

tout ses mots avaient ricoché sur ta carapace sans te toucher, pas

plus que ses pleurs, pas plus que ce que tu as vu, une pauvre fille

perdue au fond de son ravin. Mais cette fois, « Je ne veux pas

mourir ». Cette supplique a trouvé le défaut de ta cuirasse, elle t’a

percé comme une flèche pour exploser dans ta petite cervelle.

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 19:56

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"Une secte et quelques monstres"  Didier Fohr

Collection Borderline ETT Éditions Territoires Témoins

 www.territoirestemoins.net

 

1

 

« Noooon ! ça alors ! Oh la garce ! »

Le magazine est étalé sur la toile cirée. Une plantureuse quinquagénaire prend des poses lascives sur plusieurs pages. Les photos sont malhabiles, le modèle amateur. C’est le charme de cette revue de rencontres… Anne-Marie continue à pester. « La garce. Elle ne cache rien. Une directrice de MJC ! » 

Encore une page. Cette fois, sur une photo mal éclairée, elle est nue, allongée au sol, des marques de sous-vêtements sur le ventre et autour des seins. Une dizaine de voyeurs s’agite autour. On devine un sentier malsain, des arbustes glauques. 

« Jacqueline ! C’était donc vrai ». Une autre photo. Une sorte de camp militaire. L’amatrice est cette fois entourée de personnages aux pantalons de treillis sur les chevilles, le sexe à la main, tendu vers elle. Le bandeau noir sur les visages ne masque pas les cheveux ras. 

Tout était vrai. Philippe, son fils, avait dit juste. Le récit rocambolesque qu’il venait de lui faire de cette agression à Paris, la secte, les pratiques douteuses de son oncle, le « super kiné » et de sa femme… Ce dernier point, au moins, s’étale là, devant elle, sur du mauvais papier glacé. Déjà fallu supporter la tête ahurie de Balthard, le buraliste de la rue des Buttes, quand elle lui a remis la revue pour la payer… Épier d’éventuels autres clients dans le magasin. Bredouiller un prétexte idiot. Elle n’avait jamais acheté de sa vie une revue porno. À peine déjà posé les yeux sur celles que son fils cachait sous la planche au fond de son armoire. 

Effectivement, sa sœur, la respectable madame Legris, la femme du célèbre et estimé kinésithérapeute ostéopathe Bernard Legris, se dévoile en pleine page d’un magazine de fesses. Et puis toutes ces autres femmes ouvertes comme des coquillages. Et ces types au sexe dressé ! 

Cette fois, Anne-Marie décide d’agir. Il lui reste du papier à lettre dans le tiroir du bureau. 

 

 

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