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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 09:05
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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 15:51

Art ER 1

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 17:07

" La pillerie de Constantinople " Gilles Voydeville Collection Locutio  18,00 €

 

 En route vers Rome.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Par un beau matin de l’Avent de l’an 1197 après l’Incarnation de Jésus-Christ, moi, Jehans de Rupt de Ville commandeur du Temple, me mis en la Mer Levantine et quittai le port de Saint- Jean-d’Acre du royaume de Jérusalem. Les rayons de l’aube éclairaient la muraille d’une douce lumière, pareille à cette clarté d’ambre que donne chaînette à façon de fleurs au cou d’une pucelle. Sous le ciel encore sombre, la mer brillait de moult bouillons qui déferlaient sans cesse de vagues moutonnières. L’écume étincelait comme mille colliers jetés au large puis venait s’éteindre sur le sablon. Un feu marin qui mourait dans la terre comme un être qui a brillé et puis s’en va dessous… Nous sortîmes du port à la rame. Pour mettre à profit le vent qui grondait, le maître-nautonier1 fit dresser les voiles bien hautes. L’air et les rayons naissant s’y entonnèrent et le galion se mit à filer comme un cheval au trot. Après nous fûmes trop vite au large de cette belle terre. Le grand conseil du Chapitre de l’ordre du Temple s’était réuni et m’avait mandé pour une mission outremer. Derechef je quittai le royaume de Jérusalem comme voici passés cinq ans. Cette fois, le coeur gros et plein du deuil de notre bon roi Henri de Champagne. Et surtout, il faut que je l’avoue, au regret de me séparer de sa veuve la reine Isabelle, en ayant trahi le roi et mes serments. Chaque jour je priais des mâtines aux vêpres, pour que Notre Seigneur me pardonnât ce mortel péché. Je me disais l’avoir commis pour la sauvegarde du royaume. Mais au fond de mon âme je n’étais pas certain que cette excuse fut si utile à la Sainte Terre. J’avais assouvi ma passion de la chair et je sentais maintenant le fer rouge du remords qui pénètre. Mon seul espoir de pardon était de prier Notre Seigneur. Indigne et sachant le déshonneur que je Lui avais fait, je m’en remis à Sa Divine Bonté pour ne point me désespérer de penser que mon âme était morte.

    Les vents soufflaient fort. La nef nageait bon train et nous atteignîmes l’île de Chypre en deux jours. Quand nous arrivâmes assez près, je vis cette terre avec une sourde haine car le prudhomme qui y régnait était Amaury de Lusignan : roi de Chypre et de Jérusalem et nouvel époux de la reine Isabelle… Jalousie est male pensée qui vous tord le coeur plus assurément qu’un vin aigre vous perce les boyaux. Je n’imaginais point qu’un tel sire, aussi riche et haut qu’il fût, puisse entrer dans le lit d’Isabelle et lui fasse ce que amour veut... Et je doutais qu’elle puisse s’éjouir un instant en s’offrant à cet homme… Fatuité de la pensée obscurcit la raison d’un homme plus fort que le choc d’une masse turque sur son heaume. Et le moment d’après je craignis la superfluité des sentiments de femelle qui s’écaillent plus vite que le tain d’un miroir et nous éloigne de leur coeur sans que nous y voyions goutte. De noirs desseins me traversaient la cervelle et quand nous passâmes non loin du port de Limassol, je demandai au nautonier de me débarquer. Mais sa route ne prévoyait point de mouiller en ce lieu et il ne se dérouta. Alors je priai pour que nous heurtions un banc de sablon qui nous échouerait. Comme le fit le galion du roi Richard quand nous vînmes tantôt au secours de la Sainte Jérusalem que Saladin avait prise. De cet écueil Richard d’Angleterre fit une conquête qu’il donna à Amaury de Lusignan. Et ce jour d’hui, elle donne au Lusignan du pouvoir et des avantages dont il use pour usurper un lit qui m’est cher. Ainsi va ma vergogne, ainsi va mon désarroi. Cette adversité que Notre Seigneur m’envoya en ce royal ennemi, fut sans doute une aubaine qu’Il m’offrit pour que je garde une chance de salut dans l’au-delà. J’avais l’âme plus corrompue que les fers d’un cheval par le sel par mon péché d’avoir souillé la royale chair. Par ma concupiscence pour ce corps gent et gracieux, je m’étais éloigné du droit chemin de l’abstinence. Par ma grande admiration pour cet esprit clair, j’avais oublié les interdits de la terre. Ce désir de femme qui m’avait occupé et de corps et de membres, m’avait perdu pour Notre Créateur. Je crois que c’en eût été fait de ma félicité si cette mission du Temple n’était venue pour m’éloigner de mon aimée. Mon âme s’était abîmée par trop de vaillance de corps et de coeur pour l’amour d’une dame terrienne. Il fallait surseoir à cette débauche de sentiments et de ribauderie en m’envoyant paître en Occident. Alors que l’on m’avait bien enseigné de réserver la grande célébration d’amour pour Notre Seigneur et Dame Dieu, j’avais péché en aimant trop ce siècle et ses joyaux : mais comment ne pas adorer une dame aussi pure que la rosée avant qu’elle n’abreuve la fleur ? Aussi haute et noble qu’elle fût, j’avais commis une forfaiture car je l’avais aimée comme une créature céleste. Ainsi je m’étais rendu parjure et mécréant par une dilection que j’aurais dû réserver à Dieu. Car donner un amour divin à la gent humaine nous fait détester du ciel qui nous damne à juste raison pour idolâtrie.

  Voguant sur la Mer Levantine je pensais que, pour me présenter devant Lui au jour du Jugement, je devais expier ici-bas mes honteux péchés. Il fallait que je souffrisse plus et ma pénitence commençait dans ce galion qui m’emmenait vers l’Occident. Mon coeur était gonflé de chagrin et mes yeux de larmes à pleurer. Et mon âme s’emplissait de la crainte de brûler dans les sarments et les braises qui font l’Enfer, d’y tressaillir des morsures des flammes mais surtout de s’y ronger des tourments de la disgrâce.

 

 La Pillerie de Constantinople
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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 16:10

Lire le début

" L'Ogresse met le feu " par Didier Fohr

ETT /Éditions Territoires Témoins

 196 pages  Collection Borderline 

www.territoirestemoins.net

 

 

1

Le toit s’est effondré. L’usine a été entièrement détruite par

les flammes. Il ne fait pas encore tout à fait jour. Autant qu’il

puisse faire jour un matin d’hiver à Varengeville. une épaisse fumée

s’échappe encore des tôles chiffonnées. Elle se mélange à la

brume glaciale, celle qu’exhale la forêt. Les pompiers ont décidé

de laisser leur dispositif une partie de la matinée. Ils n’ont pu que

laisser brûler quelques bacs de produits chimiques. Ils ont réussi

à en isoler un stock plus important dans une annexe. Le jeune

commandant des opérations de secours s’apprête à plastronner

devant la caméra de la télé régionale. un post-ado propret, à

peine sorti de ses jeux vidéo mais qui continue visiblement la

lotion anti-acné. Ses hommes, tout près, le regardent goguenards

en défaisant leur casque, les rides autour des yeux soulignées par

la fumée.

Mathieu prend les informations à la volée. Cette satanée rage

de dent se réveille malgré le clou de girofle qu’il a coincé contre

sa gencive. Il échange quelques coups d’oeil avec les pompiers. Il

préfère finalement s’éloigner en direction d’un groupe réuni sur

le parking. Une trentaine de salariés. turcs, pour la plupart. La meilleure

main-d’oeuvre pour les métiers difficiles, dit-on. En embauchant

ce matin ils ont découvert qu’ils avaient perdu leur travail en

approchant du parking.

« On fait du traitement de surface, on recouvre les boucles de

ceinture et tous les trucs en fer des sacs à main ici », explique l’un

d’eux à Mathieu. « On travaille pour les grandes marques comme

Guerlain, Prada. même si on a pas forcément les moyens d’acheter

les sacs à nos femmes ».

C’est Ismet, le contremaître qui a découvert l’incendie en

arrivant vers cinq heures ce matin. tout était embrasé. Les voisins

de l’usine avaient déjà alerté les pompiers. Le feu a démarré

par une série d’explosions très violentes. Les bouteilles de gaz,

sans doute, et les fûts de produits chimiques. une odeur âcre et

irritante sature l’atmosphère. Ajouté au clou de girofle, c’est un

bonheur.

Quelques salariés restent interdits dans le froid en regardant

les pompiers s’activer au milieu des décombres. une vingtaine

d’autres écoutent un policier. Deux ou trois femmes pleurent

entre elles. Mathieu s’approche. une quinquagénaire sanglote

dans les bras d’une plus jeune que l’on devine assez forte sous

un long imperméable. « Les dégâts sont impressionnants », glisse

Mathieu. « On a une idée de l’origine du feu ? »

La jeune femme et la plus âgée se détournent, l’air outragé.

Mathieu n’insiste pas. Il s’éloigne vers un autre groupe. un jeune

lui demande s’il est policier avant de lui répondre. Mathieu dit

qu’il est juste journaliste. « Nous sommes une cinquantaine là-

dedans. Et on déborde de commandes en ce moment. On ne sait

rien encore pour l’instant, mais je crois bien qu’on n’a plus qu’à

chercher un autre boulot ».

- Je suis désolé, soupire Mathieu. Vous avez un responsable ?

-On ne voit jamais le PDG, il a laissé les clefs de la boîte à la

Grosse. C’est elle qui porte la culotte ici.

un coup de menton vers la jeune femme en imperméable, qui

n’a rien perdu de la scène. Celle-ci s’approche, monolithique, avec

une démarche saccadée. « Vous n’avez rien à faire ici », lâche-t-elle.

Il y a de la colère dans sa voix. « Vous pourriez au moins respecter

ces gens qui ne peuvent plus travailler. Arrêtez de fouiner. Laissez-

nous maintenant ! »

Deux solutions. Expliquer gentiment ou non qu’on est en train

de faire son travail et que, quoi qu’il arrive, un article sortira demain

dans le journal avec tous les éléments concernant cet incendie.

Mathieu préfère la seconde. Il s’efface pour éviter l’accrochage. Le

jeune homme lui adresse un demi-sourire désolé. « Viens Akhan,

on a autre chose à faire que de parler aux charognards », conclut

la boulotte avec un rictus impressionnant.

Mathieu en sait déjà beaucoup. Il s’approche des policiers qui

le saluent. Depuis cinq ans qu’il tient la rubrique des faits divers

à Varengeville, le journaliste les a déjà tous croisés une bonne

dizaine de fois au pied d’un bâtiment en flamme, devant un

accident, dans une manif ou au bal de l’amicale de la police. L’un

d’eux s’approche. « Salut le journaleux. toujours dans les bons

coups ! » Il pose un bloc-notes sur le capot d’une voiture pour

fermer son blouson. « toi, tu as encore fait fort hier soir. t’es

coiffé à la brosse à dent ! mon pauvre, on ne pourra pas te dire

grand-chose sinon qu’une usine vient de brûler… »

Mathieu se renfrogne. « merci de ton aide… » Sur le bloc, le

policier a commencé à prendre les coordonnées des salariés. Le

portable du jeune Akhan y est inscrit. Mathieu s’empresse de le

mémoriser. Il porte sa main sur sa joue. « tu connais un dentiste

à qui il resterait un fond d’humanisme ? »

Le flic rigole. « tous des barbares. S’il y a une seule spécialité

qui n’a pas évolué depuis le temps des estourbisseurs de chicots,

c’est bien eux. En tout cas, ces saloperies de produits chimiques

ont tout ravagé. Le feu a pris dans la partie administrative. mais

bizarrement, c’est la moins touchée. Là, on va mettre un périmètre

de sécurité. Il vaut mieux ne pas trop s’approcher. L’identité

judiciaire arrive ». Mathieu s’éloigne, la main toujours en protection de la mâchoire

gauche sur laquelle on pourrait faire chauffer deux ou trois paninis

tandoori. Le photographe du journal n’est toujours pas arrivé.

Patrick, décidément, n’assure pas une cacahuète. Mathieu devra

encore le couvrir. L’air de rien, il commence à faire le tour du

bâtiment. A l’arrière, une lourde porte métallique est entrouverte.

On aperçoit les vestiges d’un grand atelier, entièrement carbonisé

et recouvert de poutres métalliques torturées par la chaleur. Des

bacs fondus, le squelette charbonneux d’un chariot élévateur,

des établis noircis, une blouse encore accrochée à une patère et à

demi-calcinée, un poster ringard incitant à porter des lunettes de

protection. Il se dégage encore une chaleur étonnante de l’amas

de décombres. Mathieu s’approche. Daniel, un vieux pompier,

s’extirpe d’un enchevêtrement fumant. Il a un tournevis à la main

et un vieux chronomètre. « Bof, tout va être détruit », dit-il. « Et

il fallait justement que j’achète un cruciforme. tu as une mine de

déterré, toi ! » Mathieu grogne. Le vieux pompier enlève son gant

pour lui serrer la main. « tiens, viens voir. tu auras la primeur ».

L'Ogresse met le feu
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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 11:08

Article Fauves entre eux 1

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 13:09

Collection Dépendances  ETT / Éditions Territoires Témoins

176 pages 17,00 €

link

 

 

 

 

 

 

Lire le début

 

Tard le soir, banlieue ouest, dans un parc d’activité, une suite

interminable de petits immeubles d’un étage, bien rangés au

long de la chaussée à peine humanisée par quelques arbres épars,

rachitiques, comme rescapés, entre béton et bitume. De hauts

lampadaires leur font sur la rue déserte des ombres étirées. Le

silence, le vide, se sont installés pour la nuit mais ça bosse encore

chez Redon Electronics qui occupe entièrement un de ces tristes

cubes, avec son enseigne lumineuse restée allumée et au-dessus,

plusieurs fenêtres encore éclairées formant l’angle du bâtiment.

Tête à tête entre Isabelle et Alice, sa soeur cadette. Comme

chaque année au mois d’avril elles vont parler du montant des

dividendes. L’ordinateur est posé sur la petite table du salon qui

jouxte le bureau d’Isabelle, elles font face à l’écran, assises côte

à côte sur le canapé. Isa commente d’une voix calme le tableau

qu’elle vient d’afficher.

- Je te donne quelques chiffres. Quarante-cinq millions de chiffre

d’affaires, c’est nettement mieux que l’an dernier. Mais la rentabilité

a chuté et le résultat aussi. Même pas deux millions.

Elle jette un regard de côté pour voir comment sa soeur réagit.

Rien. Elle continue ses explications.

- Ça tombe plutôt mal car j’ai de gros investissements à faire.

Mais il n’ y a pas de quoi s’inquiéter. C’est un tassement conjoncturel.

Il est dû au lancement de la nouvelle génération. Nous avons dû faire travailler des sous-traitants.

Nouveau regard en coin. Toujours pas de réaction.

- Cette année je vais lancer l’atelier robotisé mis au point par

Mathias et les banques veulent un autofinancement à hauteur de

cinquante pour cent. Cela nous oblige à réduire fortement les

dividendes.

Elle marque un arrêt, prend la mini-bouteille de Salvetat posée

devant elle, l’ouvre d’un geste rapide et boit directement au

goulot.

- Il n’y aura donc...

Alice se lève brusquement et lui coupe la parole.

- Écoute Isa, tes discours, tous tes chiffres, ta rentabilité, tes

investissements, tes autofinancements, je m’en fous ! Je te l’ai dit

cent fois. La seule chose qui m’intéresse, c’est combien je vais

toucher.

- Deux cent mille.

- Quoi ? C’est même pas la moitié de l’année dernière ! Tu te

fous de ma gueule !

- Ecoute Alice, on ne va pas répéter chaque année la même

dispute, ça me fatigue et, franchement, j’ai d’autres problèmes en

ce moment.

- Je m’en fous de tes problèmes ! J’en ai ras-le-bol d’être traitée

comme une gamine. T’es peut-être la patronne, mais t’es pas ma

boss, compris ? T’as pas une action de plus que moi. J’ai le droit

d’exiger des comptes. N’importe comment, je te le dis, je ne voterai

pas ça. Je ne voterai pas ton quitus non plus.

- Tu peux téléphoner au commissaire aux comptes. Il est entièrement

d’accord avec moi. On ne peut pas distribuer plus cette

année. C’est comme ça ! Et puis, merde, à la fin ! Ça te suffira

largement et je sais de quoi je parle. Tu touches les mêmes dividendes

que moi. Tu as le même salaire. Plus ta maison, ta voiture,

ta carte de crédit, tes voyages. Tout ça payé par la boîte.

- Tu me le reproches, peut-être ?

- Non, je te dis simplement que tu peux faire un effort, pour

une fois. Nos revenus sont les mêmes, je peux comparer.

- Ça te va bien de comparer. A t’entendre il n’y a aucune différence

entre nous. Mais qui paye ta gouvernante, ton jardinier, tes

réceptions, tes tailleurs Chanel ringards, tes restaus trois étoiles

et tes palaces ? Tu vas pas me dire que c’est toi ! Si je fouille dans

les comptes je vais en sortir d’autres des différences, moi, tu vas

voir…

Isa rabat le couvercle de son ordinateur d’un geste rageur et se

lève à son tour. Elles sont face à face.

- Tu oublies une vraie différence ma chère, elle est même de

taille.

- Ah oui ? Et quoi ?

- Que fais-tu dans la boîte ? Rien ! Tu n’as jamais travaillé de ta

vie. Même pas pendant tes études. Tu es payée grassement, mais

tu ne fais strictement rien. Tu n’as même pas de bureau. Moi je

bosse quatorze heures par jour.

- J’attendais ça ! Madame se tue au travail. C’est madame qui

fait tout ici. C’est madame qui a sauvé la boîte à la mort de papa.

Je connais la rengaine, ma cocotte. Et Mathias ? Il ne fait rien,

Mathias ? Ce n’est pas lui peut-être qui invente tout ce que la

boîte fabrique depuis des années ?

- Je n’ai jamais dit ça. Tu dérailles. Tu mélanges tout comme

d’habitude. Ton mari est payé pour son travail. Et de toute façon

ce qu’il fait n’a rien à voir avec toi.

- Tu crois ça ? Tu crois qu’il serait encore là à t’obéir comme un

toutou, à te faire profiter de toute sa science pour trois sous grecs,

si c’était pas mon mari ?

- Arrête Alice, cette discussion est stérile. Je suis la première à

reconnaître la valeur de Mathias. Mais s’il n’en profite pas plus au

niveau salaire ce n’est pas parce que vous êtes mariés.

- Ah bon, c’est pourquoi, alors ?

- Tu le sais bien. C’est parce qu’il se fout totalement de ce qu’il

gagne. Il ne demande jamais rien. Tout ce qu’il veut c’est qu’on

lui donne des moyens et qu’on le laisse travailler. C’est un chercheur,

Mathias, un inventeur, il ne pense pas au fric.

- Ce n’est pas ton cas, ça c’est sûr.

- Ni le tien ! Ça fait une demi-heure que tu m’agresses. Une demi-

heure que tu hurles à cause de tes dividendes. Et tout ça pourquoi

? Tu peux me le dire ? Pour aller en perdre la plus grande

partie en boursicotant sur Internet.

- En tout cas, ce n’est pas moi qui obligerais un sous-traitant

à me faire entrer dans son capital. Là, évidemment tu ne prends

pas de risque, c’est toi qui contrôle son chiffre d’affaires. Si ça se

trouve tu gonfles ses résultats en faisant de la surfacturation, et

c’est pour ça que le bénéfice baisse.

Isa prend violemment sa soeur par le bras et la pousse sans ménagement

vers la porte.

- Je ne relève pas l’insulte, mais si tu as des craintes sur l’honnêteté

de ma gestion, il y a des procédures et des instances pour cela,

n’hésite surtout pas à les solliciter. Vas-y, demande un audit. Ça

nous coûtera la peau des fesses et ils découvriront ton salaire fictif,

ta maison, ta voiture, tes notes de frais princières. Ça s’appelle

de l’abus de biens sociaux si tu ne le savais pas ! Ça te mènerait

directement en correctionnelle. En attendant, sors d’ici.

Alice fait un geste brusque pour se dégager et pointe un doigt

menaçant sur la poitrine de sa soeur.

- Tu ne crois pas si bien dire, ma petite ! Ça fait un bout de

temps que j’ai des doutes. Mon avocat m’a dit que je pouvais faire

nommer un expert par le tribunal de commerce, je vais le faire,

j’en ai plein le dos de tes grands airs ! Et si ça ne suffit pas je te

foutrai le fisc au cul.

- Le fisc ! Pourquoi pas la brigade financière pendant que tu y

es ? Tu crois m’impressionner avec tes menaces de gosse ? Si nous

avions un contrôle fiscal, ce qu’à Dieu ne plaise, tu serais la première

touchée, espèce d’idiote !

Alice ulcérée ne trouve rien à répondre.

Fauves entre eux de Claude Charles
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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 17:10

Collection Borderline 16,00 €

ETT / Éditions Territoires Témoins

                                                   

 

1

 

 

 

En ce samedi après-midi d’avril, sous le soleil et un ciel bleu,

la petite ville de Bricourt en Meurthe-et-Moselle, inaugurait son

premier salon du livre. Simon Bielik, écrivain et journaliste pour

le compte d’un hebdomadaire parisien, couvrait l’événement.

Des livres partout, de toutes formes et couleurs, et derrière les

livres, les auteurs, en attente de ventes à dédicacer, nerveux, fébriles,

et pour certains, désabusés. Et la foule des futurs lecteurs

acheteurs ou simplement promeneurs, joyeuse et bavarde. Le

marché du livre, avec ses camelots, ses bouffons et autres funambules.

Approchez, messieurs-dames, approchez, nous vendons du

rêve, de l’aventure aux quatre vents, de l’amour en toutes saisons,

de la peur et de la rage de dents, approchez, regardez ! Simon se

promenait nonchalamment le long des stands, s’arrêtait, discutait

un peu. Son patron avait été clair, il voulait seulement un article

de fond sur cet écrivain franco-brésilien qui s’était toqué de prendre

résidence au fin fond de la campagne, dans un endroit que

personne ne connaissait. Rien d’autre. Assis sur une chaise contre

un mur, un vieux musicien jouait d’un accordéon triste. Simon

regarda sa montre. Son rendez-vous était dans une heure, dans le

salon de l’hôtel de ville. Une interview exclusive avec Roland De

Campos, l’écrivain dont tout le monde parlait et que personne

ne connaissait.

 

 

 

 

Le soir même, dans le petit appartement d’Amelia, place de la

Carrière, à Nancy.

- Et qu’est-ce que tu as fait, pendant une heure ?

- Je suis allé dans un petit bistrot boire un café et finir le livre

de De Campos, il me restait une vingtaine de pages.

- Comment est-il ?

- Tu parles du livre ou de l’auteur ?

- Les deux.

- Pour le livre, je dirais, étrange. D’abord le titre, « Quand le

diable s’amuse ».

- Si on a le diable, on a Dieu !

- Dans ce cas, ni l’un ni l’autre.

Amelia leva un sourcil interrogateur.

- Pour moi aussi, ce titre… commença Simon. Mais écoute ce

que j’en dis, « Une écriture heurtée, puissante, une intrigue entre

thriller et fantastique, sans ordre apparent, de quoi dérouter le

lecteur ». Je lui ai demandé si ce désordre était voulu. Il a pris son

temps avant de me répondre. L’idée centrale du livre, selon lui,

c’est le chaos. Rien n’a encore été dit ou fait qui ne soit déjà remis

en cause. La loi n’a pas encore été écrite, n’existent que les soubresauts

d’un monde en gestation. C’est un livre noir, violent, cruel.

A l’image de son pays. Pour De Campos, la misère est violence, la

richesse est violence et la nature, ô combien ! Mais du chaos naîtront

l’ordre et l’harmonie. En fait, j’ai beaucoup aimé ce livre.

- C’est la conclusion de ton article ?

- Tout à fait.

- Et le bonhomme, à quoi ressemble-t-il ?

- Grand, mince, cheveux noirs, yeux verts, une quarantaine

d’années. Normand par sa mère, brésilien du côté paternel. Habite

la plupart du temps à Recife. Je crois savoir qu’il a gardé

quelques attaches familiales du côté de Rouen…

- Qu’est-ce qu’un écrivain comme lui fait dans ce salon ?

- Ça m’a étonné, moi aussi. La réponse est : invitation personnelle

de la part du maire, Serge Galland. De Campos et lui se

connaissent depuis longtemps. L’épouse de Galland est d’origine

brésilienne, ses parents sont de Recife, des juristes si je me souviens

bien. Tu vois le topo. Vacances brésiliennes pour la famille

Galland, invitations, rencontres… Quand Galland a eu l’idée de

ce salon, il a tout de suite pensé à son ami Roland.

- Et ça lui plaît, la campagne lorraine ?

- Il vient d’arriver. Il recherche le calme et la tranquillité pour

se mettre à l’écriture d’un nouveau roman.

Simon leva son verre, un whisky pur malt.

- Santé ! Et toi au théâtre, ça s’est bien passé ?

- Salle comble. Dix rappels !

Amelia est comédienne. Vendredi soir c’était la dernière représentation

de la saison au théâtre de Reims, des « Serments Indiscrets

», de Marivaux. Amelia jouait Lisette. Superbe ! De l’avis de

Simon et de beaucoup d’autres.

- Pas de nouveaux contrats ?

- Pas pour l’instant. à partir de maintenant, aujourd’hui, ce

soir, je suis en vacances. Où irons-nous ?

- Demain, à ce petit salon du livre !

- Et ensuite ?

- N’importe où, le monde est vaste et il est à nous !

 

Mortels desseins de Serge Radochévitch
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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 11:43
"Mauvaise herbe" Collection Borderline , ETT Territoires Témoins

"Mauvaise herbe" Collection Borderline , ETT Territoires Témoins

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 18:31

Embuscades & Combucha, par Valérie Susset

 

Vu et lu dans l'Est Républicain Magazine
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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 17:28

J’ai choisi de m’appeler Alexis Gleiss, du nom de jeune fille de ma mère. 

J’ai obtenu une maîtrise de Lettres modernes à Nancy dans les années 70 avec un mémoire sur Arsène Lupin tout en côtoyant à l’époque le petit monde des musiciens, marginaux, contestataires de tous poils. 

J’ai travaillé quand il a fallu, d’abord à Paris, dans la communication, puis à Metz et Nancy.

J’ai toujours lu avec plaisir les grands romanciers américains : Faulkner, Chester Himes, Jim Thomson.

Je lis volontiers aujourd’hui Joyce Carol Oates, Nicolas Ammaniti et je relis les géants : Céline, Proust, Voltaire, etc.

Au cinéma, je me reconnais dans l’humour de gens comme les frères Cohen, Tarantino ou Mocky. 

J’ai publié « Squatteurs' story » en 2009 aux Editions Territoires Témoins, un roman noir situé à Nancy au milieu des années 70, qui a reçu le Prix des Lecteurs de Lorraine.

Je publie aujourd’hui « Embuscades & Combucha » roman qui se déroule dans les années 90-2000, principalement à Paris. 

Alexis.Gleiss.jpeg
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