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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 17:28

J’ai choisi de m’appeler Alexis Gleiss, du nom de jeune fille de ma mère. 

J’ai obtenu une maîtrise de Lettres modernes à Nancy dans les années 70 avec un mémoire sur Arsène Lupin tout en côtoyant à l’époque le petit monde des musiciens, marginaux, contestataires de tous poils. 

J’ai travaillé quand il a fallu, d’abord à Paris, dans la communication, puis à Metz et Nancy.

J’ai toujours lu avec plaisir les grands romanciers américains : Faulkner, Chester Himes, Jim Thomson.

Je lis volontiers aujourd’hui Joyce Carol Oates, Nicolas Ammaniti et je relis les géants : Céline, Proust, Voltaire, etc.

Au cinéma, je me reconnais dans l’humour de gens comme les frères Cohen, Tarantino ou Mocky. 

J’ai publié « Squatteurs' story » en 2009 aux Editions Territoires Témoins, un roman noir situé à Nancy au milieu des années 70, qui a reçu le Prix des Lecteurs de Lorraine.

Je publie aujourd’hui « Embuscades & Combucha » roman qui se déroule dans les années 90-2000, principalement à Paris. 

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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 16:24

" Embuscades & Combucha " d'Alexis Gleiss ETT / Dépendances

1-ere-de-Couv-reduite-Embuscades-.jpg  link

 

 

" Vous connaissez la dernière crise, celle qui commence en 2008 et qui n’en finit pas : des banques en faillite, des états en banqueroute, des populations entières en détresse. Je ne sais pas si vous étiez déjà dans le coin dans les années 1990-2000, moi je peux vous dire que ces années-là ont été terribles. horribilis ! comme dirait Élisabeth. Le commencement de la fin. La crise. La crise larvée, latente, sournoise contaminait tout. Le chômage gangrenait. Partout la crainte de ne pas s’en sortir. Au bureau on serrait les fesses. La clientèle fuyait, infidèle. courait au plus offrant, au mieux-disant, le plus bandant donc. Obligatoire. Vertige de la concurrence. tant pis pour les gogos restés scotchés sur des notions périmées, fidélité, respect du service, qualité des rapports humains. c’était entourloupettes, tracas, coups bas et plus si éventuels malentendus. L’amour aussi partait à veau l’eau. Pressé, pressuré, essoré, du coup on baisait dans l’urgence. comme en temps de guerre. Fureur et débauche de testostérone. Et le destin comme toujours frappait sans prévenir et prière de garder le sourire. De leur côté, les femmes grignotaient, avalaient, vomissaient le machisme. L’autre guerre. Certaines mêmes étaient de vraies barbares, peur de rien, pubis rasé, conquérantes, plus féroces que grands mâles. Moi je n’étais pas armé. trop confiant. Je présumais. J’avais tort. Désormais, il faudrait se battre sur tous les fronts."

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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 16:08

1ere-de-Couv-reduite--Mauvaise-herbe---.jpg     link

" Après un certain temps de réflexion en compagnie d’une bouteille d’anisette, j’en arrivai à la conclusion imparable qu’un gars assis tout seul dans sa cuisine devant un verre d’alcool était au fond du trou, un poivrot en fin de course. Par contre, le même gars et sa bouteille installé devant un clavier et un écran d’ordinateur était un écrivain, à partir du moment où il avait commencé à écrire une phrase en prenant l’air pensif. Voilà comment j’allais me mentir à moi- même, en tentant de devenir écrivain.

J’hésitais tout de même sur la nature de l’ouvrage. Entre narrer les folles aventures d’un poney défoncé au bourrin ayant volé une deux-chevaux le jour du grand prix d’Amérique, me lancer dans un bouquin de recettes culinaires zimbabwéennes ou bien dans l’écriture d’un polar dont le héros, un flic abîmé par la vie, nous plongerait avec lui dans les abîmes de cette société moribonde à la rencontre de personna- ges désaxés abusant de moines bouddhistes carburant au Rohypnol et amateurs de gang bang sur des fœtus récupérés dans les poubelles de centres pratiquant l’IVG... Bref, je n’avais que l’embarras du choix. Ne me restait plus qu’à faire le plein de munitions éthyliques et je pourrais enfin embrasser une amorce de carrière artistique.

Alors que comme prévu j’accomplissais mes devoirs de brave consommateur dans les allées d’Inter- marché, je tombai nez à nez avec Pinpin, un vieux pote de scrabble et champion cantonal du lancer de limaces. Nous bavassâmes dans le rayon des alcools avant de nous décider à aller en boire. Il m’invita chez son cousin écluser des pastis, renifler quelques traces de coke et fumer de sa dernière récolte. Bref, rien de bien méchant en soi.

Pressé d’attaquer le début du bouquin, je pris congé de mes camarades vers vingt-trois heures vingt- deux, montai dans mon AX k-way et filai à allure modérée vers mes pénates. Trois kilomètres plus loin, approchant le giratoire de la Taupe verte, je les aperçus, eux, les gendarmes. Une partie de mon pot d’échappement et mon contrôle technique faisant défaut, j’eus le droit de m’époumoner dans le ballon tel un joueur de cornemuse au Festival Interceltique de Lorient.

Une heure de paperasserie dans le fourgon, une suspension immédiate du permis de conduire, six points en moins, une prochaine convocation au tribunal et vingt-cinq minutes de marche à pied plus tard, je parvins enfin à mon domicile."

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 09:35

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 10:55
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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 10:56

Novo 1

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:29

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"Mémoires de Templier / La tentation de la chair"  Gilles Voydeville

Collection Locutio ou le plaisir du texte ETT Éditions Territoires Témoins

www.territoirestemoins.net

 

 

 

Octave de la Pâques

de l’an de grâce onze cent et nonante-et-quatre

après l’Incarnation de Notre Seigneur


En ma petite chambre à voûte de pierre, chaque jour je

m’éveillais avant que le coq ne chante. Ma prime pensée était pour

Notre Doux Seigneur. Je me levais et marchais comme aveugle à

tâtons pour allumer ma chandelle à celle du couloir. Après je

m’agenouillais dessous la Sainte Croix pour réciter un chapelet de

patenôtres1. Je La fixais de toutes mes forces. Ainsi je me fondais

en Son Admiration comme la glace se fond en l’eau bouillante. Il

n’y a point de salut à ne point s’occuper le corps ou l’esprit. La

plus grande gloire étant d’honorer Notre Jésus des meilleures parts

de notre âme. Afin d’être en lui pour qu’Il puisse nous couronner

de Sa Grâce. Et je fis si bien que j’en oubliais d’assister aux offices

divins, n’oyant plus sonner à l’aurore la cloche des matines, ni celle

des complies après vêpres.

Depuis que je m’étais départi de la riche cité de Metz où Notre

Jésus me fit tant de hauts égards, j’avais cheminé vers le royaume

d’Aragon pour y revoir mon père avant qu’il ne meure en son

castel de Loarre. Après je vins en la place de Miravet que le bon

roi Raymond Bérangé IV avait reprise aux Sarrasins pour la donner

au Temple. Au matinet la pierre des murailles est du jaune de l’or

fin, à none basse2 de celle d’un vin clair. L’air y est bon, sec et fait

peu de foudre et d’orages. La rivière coule du Septentrion3. On

peut voir du donjon les Monts du Tarragonais qui bordent au loin

la plaine et les forêts. On y guette ou cherche bonne aventure. Le

maître ès lieux est commandeur de la Province de Ribera qui est

plus grande province du Temple du pays d’Espaigne et de

Provence. Je fus le bienvenu quand je lui annonçai que j’étais un

envoyé de l’Ordre et que j’avais rang de commandeur. Je lui dis

que je me voulais retirer et méditer avant les grands voyages qui

m’attendaient et étais céans pour prier et mercier Notre Jésus de

l’immense honneur qu’Il m’avait fait de trouver le Saint Graal.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:24

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"Patrick Tanesy/ La cuisine de l’amour"  Biographie par Rachel valentin

Collection Gourmande ETT Éditions Territoires Témoins

www.territoirestemoins.net

 

L’amour à toutes les sauces

Rien n’est plus jubilatoire que de lire cette espèce de

reconnaissance amoureuse dans les yeux d’une femme attablée

devant MON baeckeoffe de foie gras. La voir, oeil mi-clos, bouche

gourmande gober lentement un morceau fondant, est un régal

inégalable.

L’amour de la cuisine, c’est cela. Faire partager son plaisir. Celui

de préparer la charlotte-mirabelles découverte avec ravissement

par la jolie dame de la table 6, de contempler la mine réjouie de la

vieille dame, table 3, devant une volaille en vessie. Le plaisir amusé

de voir le jeune couple de la 8 se presque disputer le saint-pierre

pour deux, tout simplement cuit au four imprégné d’huile d’olive

et entouré d’herbes de ma chère Provence.

Ce bonheur-là, je ne m’en priverais pour rien au monde.

J’aime évidemment cuisiner pour tous ceux et celles qui

viennent s’asseoir à mes tables. Ils, elles, sont pour la plupart des

ami(e)s, j’ai un faible pour « elles ». J’aime les femmes et j’aime les

regarder, ce n’est pas un mystère. Soyons clair, je ne suis pas

l’affreux libidineux prêt à fondre sur une proie. Pas du tout.

J’évalue, comme n’importe quel mâle normalement constitué.

Qu’il ose me contredire, celui qui prétend ne l’avoir jamais fait.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:19

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"Une amie qui vous veut du mal" Annick Élias

Collection Dépendances ETT Éditions Territoires Témoins

www.territoirestemoins.net

 

 

 

1

Neige

- Ne te laisse pas mourir. Je vais t’aider à sortir de là, moi !

Elle se retrouvait assise dans la cave, égarée et geignarde, au milieu

des nombreux monticules de poussière qu’elle avait amassés,

de-ci de-là. Elle avait tellement gratté le sol, qu’elle ne sentait

plus le bout crasseux et sanguinolent de ses doigts anesthésiés.

L’obstination à vouloir trouver ce qu’elle recherchait, lui faisait

oublier toute notion de temps et d’espace. Elle n’était même pas

sensible à l’air gelé de l’hiver, qui s’infiltrait par la porte béante

et les vitres brisées de l’immense sous-sol.

Depuis le matin, elle s’évertuait à déblayer les strates accumulées

par des années d’oubli, entassées à l’insu de générations de

propriétaires indifférents à ce qui ne pourrait jamais, en aucune

façon, se transformer en cave à vin. Mais elle avait décidé, elle,

de changer cela. Elle allait tout nettoyer. Elle épuiserait jusqu’à

la dernière particule de poussière, l’isolerait, l’enfermerait,

l’exterminerait pour arriver à l’instant fini, où il n’y aurait plus

rien entre elle et ce qui l’attendait. Mais voilà ! Le sol de cette

cave, mi-bétonné, mi-terreux, laissait découvrir des surprises : elle

pourrait y passer tout le temps qui lui restait à vivre, elle n’en

aurait jamais fini de creuser et de creuser, puisque chaque geste

agrandissait les trous du sol qui collait à la terre. Elle aurait tout

12

de même pu le savoir, avec un peu de clairvoyance…

La nuit était tombée depuis quelques heures déjà. Ayant tout

oublié des rituels du jour, elle se retrouvait là, en pyjama depuis

le matin, échevelée, et le visage noirci de saleté, à force de vouloir

effacer d’un geste de la main, les traces de la rage qui la faisait

pleurer. Elle voulait en venir à bout, coûte que coûte, et plantait

sans relâche ses ongles dans la poussière. Elle grattait, et entassait

les amas de part et d’autre, à mesure qu’elle avançait.

- Les voies du Seigneur sont impénétrables.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:15

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« Péchés gourmands » Annick Élias

Collection Dépendances ETT Éditions Territoires Témoins

www.territoirestemoins.net

 

 

 

 

   Lili pleure, ça coule tout seul. Mais ce n’est pas le moment de se plaindre, il y a de la route à faire. Depuis des heures qu’elle est debout, elle s’affaire, elle gesticule. Et elle a soif ! Encore un verre ? La bouteille est presque vide. Elle passe de la cuisine à la chambre, et retourne au salon, elle est allée à la salle de bains plus de dix fois déjà, pour rien. Lili ne sait plus où elle en est, elle a oublié ce qu’elle cherchait. Ah ! Ça y est. Le ticket de caisse. Où a-t-elle bien pu mettre ce foutu ticket de caisse ? Elle vient de retrouver les étiquettes, in extremis, dans la poubelle. Par chance, elles n’étaient pas tachées. Mais cela ne suffira pas, si elle veut se faire rembourser. Elle va sur le canapé et s’effondre, elle ne retient plus sa peine. Rien ne peut consoler Lili. Rien, ni personne. Tiens ! le voilà, qui traîne à ses pieds. Il était coincé sous le sac qu’elle avait préparé la semaine précédente, pour les pantoufles d’Astrid. 

Il faut qu’elle se mouche. Il ne manquerait plus qu’elle salisse les habits, déjà qu’on ne sait pas si la vendeuse les reprendra… Elle pourrait bien faire ça, tout de même, depuis le temps que Lili est sa cliente ! - surtout quand elle lui aura dit ce qui vient d’arriver. Elle va jusqu’au fauteuil, prend les vêtements posés là, et les replie soigneusement, avant de les remettre dans leur sachet d’origine. Lili n’a plus qu’à partir. Pour s’épargner la fatigue des étages, elle veut tout sortir en même temps. Les affaires pour le voyage, les bouteilles, et la poubelle qui est pleine. C’est trop d’un coup, voilà qu’elle se prend les pieds dans la chaise - la chaise d’Astrid - Elle a tout gagné. Le marc de café, les cartons à pizza, au milieu du verre pilé… Par terre. Lili s’effondre, son corps glisse dans l’immondice. Elle sanglote maintenant. Voilà qu’elle a encore soif. Elle se lève, et retourne au frigo. Un dernier verre de vin rouge. Mais elle ne pourra pas rouler dans cet état, il faut qu’elle aille s’allonger.

De son lit, elle voit les premières lueurs du jour. Il faudrait fermer les volets, Astrid n’aimait pas que ça reste ouvert. A quoi bon, maintenant qu’elle n’est plus là… L’alcool, la fatigue, le poids de sa peine, tout cela lui donne le vertige. Et dire qu’il va falloir retourner là-bas, au risque de le rencontrer, cet homme qu’elle a laissé seul, la semaine précédente, devant un lit d’hôpital. En le quittant, elle s’était pourtant juré de mettre une croix définitive sur cette histoire, qui ne la regarde plus. Mais voilà, maintenant qu’Astrid est morte, les fantômes reviennent. Il faut qu’elle lui en parle. Après cela, pense-t-elle, elle pourra se sentir définitivement libérée de ce qui l’oppresse depuis trop longtemps. Comme il est hors de question d’aller le voir, elle n’a pas le choix, elle va lui écrire. Lili se fait violence, elle rassemble les forces qui lui restent, pour arracher à la léthargie la masse épaisse de son corps obèse. Elle se dirige vers l’ordinateur, et pose la boîte de mouchoirs, juste à côté de la souris.

 

Messagerie.

Répondre.

 

Bonjour,

Vous l’avez peut-être déjà appris, Astrid est morte hier. C’est fini. Le poids du chagrin ne suffit pourtant pas à me délester de tout ce qui s’est passé la semaine dernière. Je ne pourrai vous faire disparaître de ma vie, vous, autant que votre femme, qu’après en avoir complètement terminé avec mon récit. Voici le mot de la fin, en quelque sorte. Il s’agit d’un souvenir qui m’est revenu cette nuit. Ce sera le dernier, mais il éclaire l’issue tragique des événements que nous avons vécus.

 

Souvenez-vous, alors qu’elle sortait de la chambre de Marie-Léonie, Astrid est tombée dans les escaliers. Pour amortir la violence du choc, elle s’est mise en boule, et comme une énorme pelote molle, elle a roulé jusqu’en bas. Elle ne pouvait plus bouger, mais elle n’avait pas mal, et sentait seulement un filet de sang chaud qui s’écoulait le long de ses jambes. Cela a duré un bon moment - Une éternité, aurait dit Sainte Marie-Léonie -. Astrid est restée là, à fixer l’azur largement offert par les grandes fenêtres du hall. Un beau ciel, tout bleu, de ceux qui annoncent un peu trop tôt le printemps. Et puis une masse de nuages blancs a pris toute la place. C’est à ce moment-là qu’elle a eu sa vision. Deux angelots se sont dessinés, aussi beaux que ceux qui étaient placés juste au-dessus de la sacristie. Ils étaient ronds, voluptueux, et tout vaporeux. Tout d’un coup, elle a pensé à son frère, Luigi. Elle s’est dit que c’était lui, qui venait lui rendre visite. Les deux Amours se tenaient face à face, les mains liées. Ils faisaient la ronde, comme dans l’enfance. Mais le vent s’en est mêlé. Les Anges sont devenus gris, presque noirs. Elle a vu leurs bras s’allonger, s’effiler d’abord, puis se déchirer. Les membres ont fini par se disjoindre, les têtes par s’étirer, et les visages se sont transformés en masques grimaçants. On aurait dit d’affreuses gargouilles. Les deux angelots se sont progressivement éloignés l’un de l’autre. Et puis plus rien. Elle a perdu connaissance.

 

Voilà, c’est tout. C’est peut-être faire grand cas de peu de chose, mais, à mon sens, cet épisode peut expliquer tout le reste. A vous de voir si vous vous en servirez.

Je vais vous laisser maintenant, car je dois partir pour régler les formalités du décès, et rapatrier le corps. Je n’aurai sûrement pas le temps de venir vous voir à l’hôpital. Un dernier mot, pour Angèle. J’insiste, n’ayez aucun scrupule à lui dire que rien ne l’oblige à prendre contact avec moi. Tout cela m’est bien égal, maintenant.

Je vous souhaite le courage nécessaire pour supporter les heures difficiles qui vous attendent,

Lili.

 

 

Elle se relit plusieurs fois. Pas de fautes. Bon. Elle éteint l’ordinateur, et va fermer les volets. Elle ramasse les détritus, à la cuisine. Il faudra faire deux voyages. Elle ne se changera pas, ça ira comme ça, pour la route. Ne pas oublier les vêtements, pour les rendre à la boutique. Elle est au centime près, maintenant. Elle met sa veste, et s’en va.

Elle a oublié de prendre les mouchoirs. Tant pis.

 

 

 

 

ENTRÉES DIVERSES ET VARIÉES

Barbara, l’étrangère.

 

 

 

Dinard. Samedi matin, tôt. Tu dois dormir encore…

Léo Chéri,

 

Ici, c’est le Moyen Age ! Pas de Wi-Fi, pas de connexion, et du réseau une fois sur deux. Donc je n’ai pas le choix… il ne me reste plus que la bonne vieille correspondance par lettres. J’essaierai de t’appeler quand même de temps en temps, histoire de te montrer que je suis toujours en vie !

J’ai très mal dormi cette nuit. Demain, à la première heure, j’irai donc à la pharmacie pour prendre le nécessaire. Quand je suis arrivée, hier soir, il était tard, et c’est à peine si j’ai entrevu Will et Méri, les domestiques. Une fois seule dans ma chambre, l’aventure m’a paru tout d’un coup moins excitante que prévu. Loin de toi, je crains de manquer du zèle et de l’enthousiasme nécessaires à notre entreprise. L’austérité du lieu - une table, une chaise, un lit en bois sombre et massif - m’a dégrisée. Volatilisée, la belle énergie qui alimentait tous nos fantasmes ! On s’était dit que la semaine passerait vite. Eh bien, je n’en suis plus si sûre, maintenant. Vivement qu’arrive le jour de la septième et ultime missive.

Je ne dispose que de très peu de temps pour mettre ma stratégie au point, car Marie-Léonie arrive demain. Comment faire pour qu’en moins d’une semaine elle admette ce que j’ai à lui dire, et surtout qu’elle y adhère ? Je vais déjà mener ma petite enquête auprès des domestiques. L’enjeu est de taille, et je ne te cache pas que je me sentirais plus forte si tu étais près de moi. Pour me consoler, je m’efforce de penser que plus tard, on rira ensemble de cette comédie. En tout cas, sache-le, cela vaut la peine que j’essaye. Le manoir est encore plus beau que sur les photos ! Il y a de quoi faire, on peut tout imaginer, au-delà même de nos élucubrations les plus fantasques.

Parlons un peu de toi, maintenant. Où en êtes-vous des préparatifs, à l’heure qu’il est ? Je ne me fais évidemment aucun souci quant au succès du banquet. Rien ne peut ébranler l’assurance d’un chef de ton talent, pas même le mariage de l’arrière petite cousine d’un Prince ! Les maisons royales ont le privilège de l’excellence. En choisissant l’Auberge, elles savent bien qu’elles s’offrent tous les luxes - y compris celui de la pureté de nos montagnes d’Andorre. Je regrette de ne pas être là, mais je crains de ne manquer à personne. La réaction de Madeleine ne m’a guère encouragée à penser le contraire. Elle a montré beaucoup d’enthousiasme à l’idée de prendre ma place, et n’a même pas cherché à cacher son agacement, quand je lui ai expliqué comment s’y prendre avec les bouquets. J’ai, il est vrai, beaucoup insisté pour qu’elle ne mélange pas ceux de la salle d’apéritif, et ceux de la table d’honneur, pour qu’elle songe aux arrangements prévus pour chaque salon…

- Madame devrait savoir que, du temps où l’on travaillait seuls aux côtés de Monsieur, tout se passait toujours parfaitement bien. Madame peut donc partir une semaine entière sans se faire le moindre souci. Fût-ce la Sainte Semaine. 

 

Hum ! Te voilà peut-être trop bien secondé, mon chéri… Sur un point, en tout cas, elle n’a pas tort. Quand on est à tes côtés, rien de néfaste ne peut arriver. Je te l’ai assez répété, depuis que je t’ai épousé, je me permets de croire aux miracles.

Merci de tout, de ta patience, merci, merci, merci.

Toute à toi,

Ton Bb. 

 

PS. Je ne posterai la lettre que ce soir, afin de pouvoir rajouter un mot en fin d’après-midi, si nécessaire. J’en saurai peut-être un peu plus. Il y a une levée le dimanche matin.

 

 

 

 

 

 

 

 

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