Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 19:36

link« Une ville sous influence »

Serge Radochévitch

Éditions Territoires Témoins / Collection Borderline

www.territoirestemoins.net

 

 

1

Après-midi d’été. L’eau miroitait au soleil. Ça faisait bien une heure qu’ils étaient plantés là, le cul dans l’herbe, à pêcher comme des pros. Sauf que lui, Simon, il avait un peu oublié, manque de pratique. René avait expliqué ! Alors, il ne fallait plus qu’attendre. Mais, au bout d’une heure, Simon a quand même demandé si on était sûr qu’il y eût encore des poissons dans la rivière, avec la pollution, tout ça… René a rétorqué que, un, des poissons, y en avait, deux, la pollution, y en avait pas ! On était à la campagne, et pas sur les quais de la Seine ! Alors là il exagérait, la Seine, l’eau de la Seine…

- Mais tire !

Ce qu’il fit.

- Je vais te le ramener ton poisson !

- Un brochet ! Et un beau !

- Qu’est-ce qu’on en fait ?

- Cette question ! Mais on va le manger, mon cher, on va le manger.

C’est Marie qui l’a cuisiné, le soir même. Marie, l’actuelle compagne de René, jolie, sympa et plus que ça. Ça a l’air sérieux tous les deux. Ce n’est pas mes oignons, mais je pense qu’il est bien accroché, comme le brochet ! Fameux ce poisson, ça faisait longtemps que je n’avais aussi bien mangé ! D’aucuns diront, oui, mais c’est plein d’arêtes ! Le grand art, c’est de savoir où elles se trouvent pour pouvoir les enlever. Comme beaucoup de choses dans la vie.

La rivière, c’est la Moselle, région Lorraine, mines de fer, sidérurgie, potée, quiche et poissons de rivière.

René a haussé les épaules.

- On voit que ça fait un bail que tu n’es pas venu dans le coin.

Tout ça, terminé, fini, foutu ! Les mines de fer, musées pour touristes. Et la sidérurgie, on l’a transformée en parc d’attractions, genre Mickey.

Ils ont terminé la soirée sur la terrasse, René et Simon, avec chacun un petit verre de mirabelle, manière de rester dans l’ambiance. Marie avait préféré se coucher et laisser les deux amis continuer à bavarder au clair de lune.

Simon Bielik, trente six ans, écrivain journaliste, en vacances chez son ami René Picart, son cadet d’un an, directeur du Centre sportif de Le Veroit, une ville moyenne sur les bords de la Moselle.

Ah, les souvenirs ! Tu te rappelles… t’as pas oublié… je me souviens d’un truc…

Ils ont tenu comme ça jusqu’à deux heures du matin.

Quand Simon s’est réveillé, c’était dimanche. Il faisait beau. Petit déjeuner sur la terrasse. Pieds nus, en short, les yeux bouffis, on s’est levé tard, mais on est en forme et on a faim. Marie sourit. René habite hors de la ville, en bordure de forêt, une vieille maison bien retapée, avec terrasse, jardin et verger et ses inévitables mirabelliers. A part le piaillement des oiseaux, c’est le grand calme.

- Encore du café, M. Bielik ? demanda Marie.

René intervint.

- Non, non ! c’est Simon et Marie. Comme ça c’est plus simple.

Et plus convivial ! Surtout si on doit rester un temps ensemble.

Simon leva la main.

- Un temps, René, pas un long temps !

- Hé, tu viens d’arriver !

Simon sourit et tendit sa tasse.

- Un peu de café, Marie !

C’était bien vrai qu’il venait d’arriver, l’avant-veille, sans prévenir, on pouvait dire en catastrophe. René l’avait accueilli avec sa chaleur et son exubérance coutumières. Un ami. Je lui expliquerai, je lui raconterai, rien qu’il ne sache déjà, qu’elle est partie et que j’en suis malade. Un truc tellement con que je devrais en rire !

Une réflexion de René le tira de sa rêverie.

- Vous ne sentez rien ?

Marie huma l’air, si, une odeur de brûlé, et ça vient de la forêt !

René se leva, alla jusqu’au bord de la terrasse.

- On ne voit rien. Mais ça sent bien le brûlé. Il hésita un court instant. Mieux vaut aller vérifier. Tu viens Simon ?

- N’oublie pas ton portable, dit Marie. Et préviens-moi si c’est sérieux.

- D’accord ! les incendies de forêt en Lorraine, c’est plutôt rare.

Ils prirent un petit sentier qui serpentait dans le sous-bois. À petites foulées, et on économise son souffle.

- Tu sais où tu vas ? parvint à demander Simon.

- Déjà jusqu’à la clairière des trois hêtres. Il y a une vieille cabane de chasse… On devrait y être dans dix minutes.

A mesure qu’ils avançaient, l’odeur se faisait de plus en plus forte. Jusqu’à ce qu’ils débouchent dans la clairière.

- Hé voilà ! Je me doutais que c’était ça !

Ça, c’était ce qui restait de la cabane, un magma noirâtre de cendres et de bois, qui fumait encore. Ils s’approchèrent.

- Plutôt bien brûlé ! commenta Simon.

René ne répondit pas, fit le tour du foyer, c’est encore chaud…

- Ça ne risque pas de s’étendre ? demanda Simon.

- Non, je ne crois pas. Mais je vais quand même prévenir.

Il eut une brève conversation avec Marie.

- On va attendre ici. On surveille le barbecue. Les pompiers ne

vont pas tarder.

- Dis-moi René ?

- Oui ?

- Cette cabane n’était pas habitée ?

- Si justement ! Par un vieux clochard !

- C’est pour ça que tu en as fait le tour ?

- Oui, je me demandais… Mais on ne peut rien voir là-dedans…

- Tu le connaissais ?

- Oui !

Le camion de secours arriva dans la clairière en cahotant. Trois hommes en descendirent. Deux jeunes soldats du feu et leur chef.

René fit rapidement les présentations. Capitaine Martin, responsable du Centre de secours, Simon Bielik, un ami.

- Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda Martin.

- René haussa les épaules, je n’en sais rien. On a senti l’odeur et on est venu voir…

- Il n’y avait pas quelqu’un… ?

- Un clochard, Nico, vous le connaissez ?

- Bien sûr. Bon, on va vérifier ! Vous deux mettez une lance en action et vous arrosez. Doucement. Ok, comme ça.

Les cendres grésillèrent et une fumée plus dense s’en dégagea.

- Arrêtez la flotte, commanda Martin. Allez voir dedans !

- Qu’est-ce qu’on cherche ?

- Des os !

Simon observa que René paraissait inquiet. Puis soulagé, quand les deux jeunes, ensemble, s’écrièrent.

- Il n’y a rien, chef !

- Bon, eh bien vous remballez le matériel.

René s’avança.

- Cet incendie, qu’est-ce que vous en pensez ?

Martin regarda René, puis le tas de cendres.

- Je ne suis pas un expert, mais j’en ai vu, des incendies, et de toutes sortes… Une cabane en bois, quand ça brûle, ça brûle, je veux dire, ça se consume doucement, après, mais il y a toujours des endroits où c’est moins fort, qui restent un peu à l’écart… A moins qu’on aide… Il fit une pause. C’est ce que je pense oui, quatre côtés dont il ne reste rien, arrosés d’essence, c’est plus que probable… Mais comme il n’y a pas eu mort d’homme, on dira que c’est accidentel.

Simon trouva la réplique bizarre. Mais bizarre aussi l’attitude de son ami.

- Martin, je vous laisse le soin de prévenir la mairie et la gendarmerie…

- Bien sûr, bien sûr ! Vous savez, je crois que le gars Nico s’est barré !

Partager cet article

Repost 0
Published by lireledebut - dans Littérature
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de lireledebut
  • Le blog de lireledebut
  • : Les intros des romans de ETT / Éditions Territoires Témoins
  • Contact

Recherche

Liens