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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 17:22
Léo,  tout faux
Léo, tout faux

Léo , tout faux Collection Dépendances

14 août 2013

Sandrine est prête à partir, son Mac et ses affaires bien rangés

dans ses tiroirs. Elle a tout mis sous clef et passé un coup de

lingette sur son bureau. Comme s’il n’y avait pas les femmes de

ménage pour ça ! A part son téléphone, il n’y a plus rien. C’est ce

qu’exige son patron, un bureau bien net tous les soirs, sans aucune

trace de la journée de travail. Il ne faudrait pas qu’elle s’avise de

laisser traîner un crayon, une gomme ou une feuille de papier,

il l’appellerait sur son portable pour l’engueuler et l’obligerait à

revenir. Ça lui est déjà arrivé.

Il est presque vingt heures en ce mercredi soir, elle est lessivée

et n’a qu’une idée en tête : rentrer chez elle le plus vite possible,

grignoter quelques fruits en zappant sur la télé, prendre une

bonne douche et se mettre au lit. Demain, pont du 15 août.

Elle s’apprête à appeler son boss pour lui dire qu’elle part quand

ça sonne sur la ligne privée. Elle se tâte pour savoir si elle va

répondre. Après quatre sonneries l’appel sera automatiquement

basculé dans son bureau, elle pourrait donc laisser sonner, mais

elle sait qu’il n’aime pas ça, et puis ce sont toujours des VIP sur

cette ligne, alors elle décroche.

- Uniphone, bureau de Pierre Mahon, bonsoir.

- Cabinet du premier ministre, passez-moi Mahon !

Une voix désagréable, sèche, nasillarde, et pas de salutation,

pas de présentation. C’est bien d’un politique, ça !

Elle transfère l’appel.

- C’est le cabinet du PM, je vous le passe ?

Il hésite. Avec les politiques il n’y a que des emmerdes en

général. Mais il se méfie d’eux, alors il décide de prendre l’appel.

- Euh… Il est huit heures, je peux partir ?

- Allez-y, et bon week-end.

- Et vous, bonnes vacances, Monsieur.

Elle a raccroché, il a son correspondant en ligne, la voilà libre.

- Pierre Mahon, bonsoir. A qui ai-je l’honneur ?

- Vous avez un enregistreur sur ce téléphone ?

- Euh, oui, évidemment.

- Bien. Mettez-le en marche !

- Pardon ?

- Je vous dis d’enregistrer cet appel, je pense que vous aurez

besoin de le réécouter. C’est clair ?

- Non mais ! Qu’est-ce qui vous prend de me parler sur ce ton ?

Et d’abord qui êtes-vous ?

- Bon, faites comme vous voudrez ! Voici le message que je

suis chargé de vous transmettre. Ecoutez bien, je ne le répéterai

pas. Vendredi, vos services vont vous annoncer qu’il vous manque

dans les deux cents millions sur vos prélèvements du 10 août.

Deux cent huit, pour être précis.

- Quoi ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Si c’est un canular

pour la télé, c’est de très mauvais goût, je vous le dis tout

de suite !

- Ce que je viens de vous dire est la simple réalité. Votre sécurité

informatique est tellement mauvaise que nous avons pu tranquillement

détourner des millions de prélèvements bancaires. A

l’heure qu’il est, cet argent est hors de votre contrôle, bien au

chaud, quelque part dans un paradis fiscal.

- Bien, vous avez dit ce que vous aviez à dire ?

- Je n’ai pas fini…

- Moi si ! je n’ai plus envie d’écouter vos sornettes, plus du

tout !

- Si vous raccrochez, je ne vous rappellerai pas et vous le regretterez

amèrement. Réfléchissez un peu. Si je dis vrai, vous avez

plutôt intérêt à m’écouter jusqu’au bout. Qu’avez-vous à y perdre ?

- Mon temps, Monsieur, mon temps ! Tout simplement.

- En raccrochant vous perdrez beaucoup plus que du temps,

croyez-moi ! Mais c’est comme vous voulez…

- OK. Allez-y, je vous écoute. Deux minutes, pas une de plus.

- Alors, voilà ce que j’ai à vous dire. Quand vous aurez acquis

la certitude que nous avons bel et bien détourné tout cet argent,

vous pourriez être tenté de prévenir la police. Ce serait une très

mauvaise idée. Je le saurais très vite et j’expédierais aussitôt à

Médiapart un dossier complet expliquant comment le puissant

groupe Uniphone s’est fait rouler, combien nous avons détourné

et aussi combien nous aurions pu prendre si nous avions voulu,

c’est-à-dire des milliards en vidant les comptes de vos abonnés.

Tout le monde découvrirait que la sécurité de votre informatique

n’est ni faite ni à faire. Vous seriez ridiculisé, vos abonnés

perdraient confiance et c’est par millions qu’ils se précipiteraient

pour annuler leur autorisation de prélèvement, vous auriez à

coup sûr des centaines de milliers de désabonnements. Le cours

de votre action dévisserait, votre groupe deviendrait opéable. On

vous demanderait des comptes. Bref, je ne donnerais pas cher de

votre peau après une telle catastrophe.

Son correspondant marque une pause, il ne réagit pas.

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Published by lireledebut - dans Littérature
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